La fessée et le référendum d’initiative citoyenne (RIC)

La fessée et le référendum d’initiative citoyenne

L’homme qui désirerait cerner les raisons de l’engouement soudain des Français pour le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), n’aurait qu’à se reporter quelque mois en arrière afin d’en déceler la cause.

Une fessée qui a laissé des traces

En novembre de cette année, les députés ont consacré une partie de leur temps à débattre de l’opportunité d’utiliser la fessée dans l’éducation des enfants. Indépendamment des motifs invoqués, était-ce vraiment le rôle de la représentation nationale que de se pencher sur cette question ? Ne doit-on pas la laisser au jugement des parents ? Cette façon qu’ont certains politiques de se mêler d’affaires qui ne les regardent pas, a contribué à renforcer la défiance des Français envers eux. Et dans le même temps, le pouvoir restait impuissant à endiguer le chômage de masse ! La fessée valait-elle les honneurs d’un vote de l’Assemblée nationale ?

A l’occasion de ce débat parlementaire, les Français ont eu la fâcheuse impression que les hommes politiques leur faisaient la morale. Non seulement il s’ immisçaient dans leurs foyers, mais de plus ils leur administraient une leçon ! Les citoyens, qui leur ont donné mandat, ont alors pensé que leurs représentants auraient mieux à faire qu’à débattre de sujets qui relevaient de l’appréciation de chacun. On appelle cela, en jargon politique, la subsidiarité.

Confiance rompue

Cette affaire de fessée a persuadé les citoyens que leurs élus, non contents de ne pas leur faire confiance dans l’usage des moyens à employer pour morigéner leurs enfants, les prenaient de surcroît pour des mineurs incapables d’assumer leurs devoirs éducatifs envers leur propre progéniture ! Du jamais vu !

Cette condescendance de leurs élus a motivé les Français à vouloir reprendre la main. Car ils constatent, tandis que les députés discutent du sexe des anges, que les sujets qui les passionnent, ou qui touchent directement leur mode de vie, ne sont jamais abordés. La chape de plomb du politiquement correct fait peser une omerta et une auto-censure sur les questions brûlantes qui alimentent les conversations des cafés du commerce. Après cela, qu’on ne s’étonne pas du gouffre qui est en train de se creuser entre les politiques et ceux qui les élisent !

Comme si le Parlement exerçait la même profession que la célèbre Jacline, premier leader des « Gilets jaunes » : hypnothérapeute. Comme s’il mettait une condition au traitement efficace de sa part des problèmes des Français : que ces derniers s’assoupissent et dorment du sommeil des justes ! Curieuse conception de la démocratie représentative !

Des députés hors-sol

Dans leur grande majorité, les députés de la République en Marche ont été élus par défaut. Il fallait donner une majorité au Président nouvellement élu en 2017. Ces députés hors-sol, émanation d’une technostructure triomphante, se sont retrouvés sur les bancs de l’Assemblée à la suite d’un malentendu.

Bien sûr, il ne s’agit pas de contester leur légitimité. Cependant, n’étant pas issus du terrain, ils ignorent les aspirations profondes du peuple de France. Ils sont les fils de Steve Jobs et de Simone de Beauvoir. Du premier, ils retiennent l’aspiration au progrès technologique, la fascination pour l’innovation tous azimuts et l’impératif d’ouverture au monde sans discernement. De la seconde, ils ont hérité l’habitude de dispenser des leçons de morale à tous les « ploucs » en retard sur la dernière aspiration sociétale portée par une minorité. Ce n’est pas ce qu’attendent d’eux les Français confrontés à l’insécurité économique et culturelle.

Le RIC, une réponse à la surdité des élus

Dans ce contexte, les gilets jaunes ont trouvé la solution afin de reprendre leur destin en main : inscrire la possibilité d’un référendum d’initiative citoyenne dans la Constitution. Le peuple n’a pas envie que ceux qu’il a élus discutent de sujets qui leur sont indifférents. Il aspire à ce que ses représentants abordent les questions qui le taraudent. Si ces derniers manquent à ce devoir, il se chargera de poser lui-même les questions ! Tel est le sens du RIC.

Les hommes politiques seraient mal inspirés de lui refuser ce droit. Inféodés au courant culturel du « politiquement correct », jusque-là ils ont fait la sourde oreille aux appels répétés de la société civile. Et se font un point d’honneur de cette attitude pour le moins cavalière. Après la séquence des gilets jaunes, il semble que ce temps soit révolu. C’est à cette condition qu’ils retrouveront la confiance de leurs administrés. Malgré les appréhensions de certains politologues hostiles à la pratique référendaire, le débat politique ne pourra qu’y gagner en sérénité.

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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