Le rock est mort, vive le rock !

Le rock est mort, vive le rock !
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Le rock est mort ! Vive le rock Nous vivons nos existences dans un temps irréversible. C’est-à-dire que ce qui est passé ne reviendra jamais plus. L’enfance est une période merveilleuse. Malheureusement, nous ne la vivons qu’une seule fois. Idem pour l’adolescence, pour la fleur de l’âge, et pour tous les autres âges de la vie. L’existence ne repasse pas les plats.

Le rock, comme chaque musique fait son temps, et puis s’en va …

Ce qui est vrai pour nos existences individuelles l’est également pour l’histoire de la musique. La musique baroque ne reviendra plus. Bach et Heandel l’ont portée à la perfection une fois pour toutes. Personne ne songe à composer des morceaux baroques de nos jours. Pareil pour le romantisme : aucun compositeur n’essaiera de se mesurer à Wagner ou à Listz. L’impressionnisme musical a fait son temps : Debussy est indépassable. A sa mort, les compositeurs pensaient déjà à passer à autre chose.

Pas de faire-part de décès pour le rock

Il n’y a pas de raison qu’il en aille différemment pour le rock. Voilà une musique qui a bercé (si j’ose dire !) la jeunesse de beaucoup d’entre nous, qui a accompagné nos révoltes, nos amours, nos luttes, et qui a … fait son temps !

Bien sûr, vous ne verrez jamais de faire-part officiel de son trépas dans les journaux. Et pour cause ! Trop de gens sont intéressés à la survie artificielle du rock, à son maintien en vie dans un état végétatif, pour que l’annonce de son décès soit médiatiquement, voire politiquement, envisageable ! On imagine mal Anne Hidalgo, à l’occasion de l’ouverture des Nuits blanches de Paris, proclamer sur le balcon de l’Hôtel de Ville : « Le rock est mort ! Vive le rock ! »

Le Rock… une musique récupérée par le système

Cette musique a d’abord été victime de son succès. Et aussi d’avoir vu le jour sous le régime économique du capitalisme. Or, le capitalisme, parmi toutes ses vertus et ses vices, possède celui de s’adapter à toutes les situations. C’est ainsi qu’il n’a fait qu’une bouchée de cette musique qui se voulait contestataire à l’origine. Le rock a été si bien récupéré par le système, l’establishment, que l’annonce de son trépas sonnerait comme une perte terrible pour le conformisme !

Telle est la première cause de son décès : avoir été si bien digéré et remasterisé par le système marchand qu’il n’est plus un étendard de révolte ou de contre-culture, mais seulement le signe que ces deux réalités s’en sont allées irrémédiablement le rejoindre dans le cimetière de nos illusions.

En France, le rock a mis du temps à passer à la télé

Durant les plus grandes heures du rock, celui-ci ne passait pas à la télé. Il fallait se gagner les concerts ! Les parents criaient à la musique de vandales !
Maintenant, ils mettent Led Zeppelin dans les écouteurs de leurs gosses pour les faire tenir tranquilles !

Les Stones sont restés plus de 7 ans interdits de territoire français, au début des années 70.
Maintenant, les municipalités se battent pour les accueillir !

Avant, écouter les Doors, Janis Joplin ou Jimmy Hendrix, c’était sortir des sentiers battus.
Aujourd’hui, les grandes surfaces les programment comme musique d’ambiance pour nous entraîner dans nos achats …

Avant, aller à un concert des Who à Toulouse, ce n’était pas évident. Il fallait connaître les réseaux, être un peu initié, et les parents ne vous aidaient pas dans cette tâche !
Aujourd’hui, quand une pseudo-rock star se produit au Zénith, le périphérique toulousain est embouteillé comme jamais !

Avant, nous ne connaissions Philippe Manoeuvre que de nom, et apprécions en revanche ses articles dans Rock’n’Folk.
Aujourd’hui, je le reconnais à la télé. Mais je ne lis plus ses articles.

« C’était mieux avant ! »

Avant, écouter Pink Floyd, c’était rompre avec le modèle des adultes.
Maintenant, les parents incitent les enfants à jouer de la guitare électrique pour leur épanouissement.

Avant, les scandales des rock stars, c’était classe et transgressif.
Maintenant, c’est soit banal, soit réprouvé par la nouvelle morale qui n’ose même pas s’assumer comme telle.

Avant, quand les membres de Led Zep ou des Who mettaient un hôtel à sac, c’était rigolo, osé et risqué !
Maintenant, c’est un fait divers, ou un caprice de bien-nés mal vu par l’opinion publique.

Avant, le 20 heures ne s’ouvrait pas sur le dernier concert des Stones à Paris ! D’ailleurs, il n’y avait pas de rock à la télé, seulement Sheila et Léon Zitrone – mais aussi des pièces de théâtre exigeantes, qui nous apprenaient le bon français.
Maintenant, Claire Chazal, ou Anne-Claire Coudray, penseraient manquer à leur devoir d’informer les citoyens en passant sous silence la dernière prestation de Bruce Springsteen, ou de Justin Bieber (je ne sais pas si ce dernier entre dans la catégorie « rock », n’écoutant pas sa musique).

Avant, écouter du rock faisait de vous un vrai marginal.
Maintenant, vous pouvez avoir le poster du « Che » dans votre chambre et écouter du heavy metal, tout en suivant de hautes études de commerce.

Ecouter du rock est devenu pire qu’une activité mimétique, ou une posture : c’est devenu insignifiant. Tant mieux si la musique plaît. Mais ça s’arrête là.

Rébellion obligatoire

Oui, le rock est mort !  Il ne devait pas vivre plus de deux décennies ! D’ailleurs les maisons de disques, ou YouTube, ne sont pas les seuls à entretenir l’illusion qu’il est encore en vie ! Le citoyen lambda aimerait tant y croire lui aussi ! Tout le monde aimerait être un rebelle comme Mick Jagger. Sauf que Mick Jagger a toujours été un terrible homme d’affaire (mais aussi un grand showman). Dylan était un génial contestataire. Mais c’était il y a cinquante ans.

Depuis, ses émules ont bien tenté de reprendre le flambeau. Mais dès qu’ils prennent l’étendard de la révolte, les médias, les business men, et jusqu’aux homme politiques, se les arrachent ! Plus moyen d’être dans la marge ! Le rock ne pouvait pas durer plus de trois générations sous peine de se pasticher lui-même. De nos jours, assister à un concert de rock n’implique pas une philosophie de la vie différente de celle qui préside à la participation à un jeu télévisé. Ecouter un récital de piano est devenu un geste plus hardi, plus contestataire.

Vestige d’un monde disparu

Le rock s’est transformé en un produit de consommation comme un autre. Pour un peu, un concert de cette musique pourrait être remboursé par la Sécurité Sociale pour les cas de certaines pathologies légères. Ce n’est pas que nos jeunes soient moins révoltés que leurs aînés. C’est bien plus grave : ce sont maintenant leurs parents qui les poussent à l’être ! Dans ces conditions, le rock peut-il survivre autrement que comme le signe d’une civilisation disparue ?

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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