François de Roubaix, un musicien de talent parti trop tôt

François de Roubaix, un musicien de talent parti trop tôt
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Il y a 43 ans, presque jour pour jour, disparaissait le compositeur de musiques de film François de Roubaix dans un tragique accident de plongée dans les iles Canaries.

Hommage à François de Roubaix

François de Roubaix est né dans une famille aisée d’origine Belge et Italienne, le 3 avril 1939 à Neuilly sur Seine. Il est le fils d’un producteur et réalisateur de films documentaires Paul de Roubaix, et d’une mère pionnière du cinéma d’animation, Léontina Indelli, artiste peintre et créatrice de dessins animés. Tous deux amateurs passionnés de plongée sous marine donneront à leur fils, le virus des images et des profondeurs.

François de Roubaix découvrit tôt les deux passions de sa vie : la plongée sous-marine et le jazz. Autodidacte en musique, il s’associa pour ses premières compositions avec un jeune réalisateur français inconnu, Robert Enrico. Entre eux, ce fut le début d’une collaboration artistique qui s’inscrivit sur le long terme (10 ans) et fût l’origine pour François de sa carrière de compositeur pour le cinéma.

Quand la vie ne tient qu’à un fil

Avec cet hommage technico-cinématographique et petites pensées ce 20 novembre dernier vers Patricia et Benjamin de Roubaix, les deux enfants du compositeur qui ont perdu leur père en 1975, dans un accident lors d’une plongée sous marine dans une grotte labyrinthique réputée dangereuse à 25 mètres de profondeur aux Canaries.

Plongeur depuis sa plus jeune enfance, et fasciné par la mer et ses mystères, François De Roubaix, photographe passionné du monde du silence, a voulu finaliser son prochain livre de photographies sous-marines et est retourné près de Tenerife, dans l’archipel des iles Canaries, en compagnie de son ami musicien et moniteur de plongée Juan Benitez, champion d’Espagne de plongée sous-marine.

Trop confiants et passionnés, les deux hommes ont commis l’irréparable, l’erreur de plonger sans avoir préalablement sécurisé leur retour avec un fil d’Ariane. Pris dans un épais brouillard dû sans doute au soulèvement du sable, ils n’ont pas réussi à retrouver la sortie avant que leurs bouteilles ne se vident. François de Roubaix meurt ainsi noyé le 20 novembre 1975 ainsi que son ami Juan.

Qui était François de Roubaix?

On a tous en tête, quelque fois sans le savoir, une musique de François de Roubaix, Un thème de film, de feuilleton, ou de dessin animé repliés dans nos souvenirs d’enfance, toujours prêt à ressurgir au moment on l’on ne s’y attend pas tout en se disant « mais je connais ça … je l’ai déjà entendu ».

Un générique électronique bizarroïde, une boucle entêtante d’un thème musical, voire un son, un extrait de son que l’on appelle un sample, un échantillon sonore reconnaissable dès la première écoute. Le style empirique et les thèmes musicaux de François de Roubaix reviendront de suite à votre souvenir, dans un formidable flashback de plus de 40 ans à l’écoute de quelques extraits audio ci-dessous.

Découvrez pendant la lecture de l’article, une sélection d’extraits des musiques de François de Roubaix.

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Le compositeur de musique de film Francois de Roubaix dans son studio musical personnel

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce compositeur, François de Roubaix fût à la fois un musicien multi instrumentiste autodidacte, un précurseur anti-conformiste de génie et un compositeur de musique de film de talent qui dans les années 70, avait  déjà compris l’intérêt d’avoir son propre studio musical à la maison (au 99 de la rue de Courcelles dans le 17 ème arrondissement de Paris) pour pouvoir composer tranquillement sa musique pourrait t-on dire “en pantoufle”.

Posséder un magnétophone à bande huit pistes dans les années 70, était une opportunité de création extraordinaire pour ce multi-instrumentiste de talent. Un investissement de taille certainement très coûteux à l’époque, mais qui lui a permis de créer sans pression une nouvelle approche de la composition, un style musical nouveau cassant du coup les règles pré établies au cinéma avec des sonorités nouvelles et étranges réservées à des musiques dites expérimentales jamais utilisées comme bandes sonores de films.

Dans son appartement rue de Courcelles à Paris dans lequel il travailla les dernières années de sa vie, François de Roubaix réalisa le mariage réussi entre des sons provenants de ses instruments acoustiques qu’il collectionnait à chaque voyage, lors de son travail comme preneur de son sur les tournages de son père, dans de nombreux continents.

Guitares, ocarina précolombien (déniché par une belle mère archéologue), flute en terre cuite, corne d’appel  pour éléphant, coques et coquillages, cithare, sitar indien, tablas, cymbalum, flutes ethniques et percussions diverses furent ses instruments qu’il mélange avec les premiers synthétiseurs analogiques de l’époque (Moog, Elka string 610, Solina String ensemble, Ems Vcs3), de pianos électriques (Clavinet, Wurlitzer) et d’harmonium et orgue (Farfisa de 1969), évitant ainsi le stress de l’enregistrement des studios d’enregistrements multi-pistes et le coût très onéreux à cette époque des trente glorieuses.

Libérant une créativité sans idées préconçues, les compositeurs les plus installés pour ne pas dire les institutionnels du film de cette époque furent un tantinet gênés par la venue de ce nouveau compositeur grand, blond aux cheveux longs au look baba-cool, tout en déclenchant sans doute un mélange de fascination, d’agacement et d’énervement.

De Roubaix, un créateur avant tout

Si le Jazz restait omniprésent chez ce joueur de trombone et de guitare qui aimait organiser des bœufs, des jam-sessions avec ses amis musiciens dans son appartement du 17 ème ou se côtoyaient également Alain Delon et Pierre Richard, il serait réducteur de le cantonner à un simple compositeur ” bidouilleur ” devant l’éternel.

Son œuvre musicale a permis de ponctuer la musique de manière anamorphique sur un support de musique de film jamais utilisée auparavant, d’émouvoir le spectateur venu voir dans un cinéma de quartier, le dernier film à l’affiche, de le plonger de suite dans le climat, l’ambiance et l’intrigue du scénario avec juste un simple mélodie sifflée, voire sur un piano désaccordé ou un thème sur une vieille guitare frisotant de la frette qui aurait pu trouver bien plus sa place de nos jours dans une poubelle que accrochée sur un mur au dessus du piano familial. Cependant certains sons de guitare si particuliers que l’on retrouve plusieurs fois dans ses arrangements ressemble à la Vihuela, (instrument ancien d’origine espagnole, ancêtre du Charango instrument bolivien du 17 ème siècle). L’harmonie mélangée de sons nouveaux et anciens était une véritable passion pour cet autodidacte qui travaillait des nuits entières, pendant que sa fille et sa femme dormaient.

Amplifié par sa disparition brutale, un peu comme certains artistes de pop music et acteurs morts trop jeunes devenus au fils de ans des légendes iconiques, le monde du cinéma a eu du mal à encaisser le coup et lui a rendu hommage quelques mois après à titre posthume avec la remise d’un César. Il est vrai que François de Roubaix restera un phénomène musical à part, devenant lui aussi et à juste titre, une icône dans l’industrie de la musique de films.

Un son étrange à la de Roubaix

Pendant longtemps et avant l’émergence du web, de nombreux musiciens et ingénieurs du son se sont posés maintes fois de nombreuses questions sur sa musique qui détonnait du reste de la production musicale pour l’image de l’époque …   « Mais comment a t il pu faire ce son ? D’ou viennent ces sons étranges ? »

Il fallait certes, être un peu branché pour connaitre l’origine de ces sons au début des années 1970. Pour vous donner un ou deux exemples, certaines sonorités étranges étaient issues de la Clavinet, (piano électrique de la firme Allemande Hohner).

Qui ne se souvient pas que de la musique du générique de Commissaire Moulin (les moins de 50 ans ne peuvent pas connaitre) avec Yves Rénier au temps de l’ORTF. Il s’agissait pour les premières notes de la Clavinet, d’un instrument à touche de piano frappant des cordes de guitares posées sur une table de résonance, au son aigrelet, un peu comme un clavecin (et amplifié par des micros internes).


Générique du feuilleton Commissaire Moulin

D’autres musiques aux sons étranges synthétiques résonnants de violons futuristes pour la musique du film La Scoumoune, issus d’un mélange de synthétiseur Elka rhapsodie 610 (Clavier de violons électroniques) en provenance d’Italie ou encore de son concurrent, le Solina String Ensemble de la marque néerlandaise Eminent (que Pink Floyd utilisa pour l’album Shine on you crazy Diamond), le tout mixé sur  un son d’harmonium et d’accordéon ressemblant du coup à un mélange d’orgue de Barbarie, ponctué par un vibraslap et des bruits de limes et de petites règles métalliques (que l’on coince plus ou moins court sous une table en les faisant vibrer.)

Ce mélange de timbres issus d’instruments différents, ancestraux et modernes était devenu sa marque de fabrique et cette recherche ne le quitta jamais. (A savoir que Jean-Michel Jarre utilisa lui aussi le son de ce clavier Solina [dans un orgue de la même marque] pour son album Oxygène en 1976.)

François de Roubaix composera d’illustres musique de films et de nombreux génériques publicitaires et télévisuelles sur son huit pistes dont le générique pour la Gaumont, les 5 dernières minutes, Commissaire Moulin et Chapi Chapo (sur lequel il enregistra sa propre en voix en mode accéléré) en autre … mais également la musique d’un feuilleton télévisuel très connu à l’époque de l’ORTF Les Chevaliers du Ciel , une adaptation de la bande dessinée éponyme.

La liste de ses oeuvres est longue … trop longue pour les citer toutes. Cependant, 34 longs métrages figurent au palmarès de François.

De Roubaix, un parcours hors norme

Commençant en 1959 un court métrage réalisé par Robert Enrico, l’or de la Durance, puis en 1964, sa première composition pour le cinéma Contre point en 1964, François de Roubaix prit conscience très tôt des sonorités nouvelles qu’offraient les générateurs de fréquences, les ancêtres des synthétiseurs. Avec l’avènement de ces derniers, la facilité de créer des sons n’a cessé de s’amplifier.

LES GRANDES GUEULES 1965
En 1965, François de Roubaix compose la musique de son premier long métrage, pour Robert Enrico pour le film Les Grandes Gueules, un film d’action avec une flopée d’artistes chers à nos coeurs, Bourvil, Lino Ventura Michel Constantin, Marie Dubois, Jess Hahn et Jean-Claude Rolland comédien perpignanais prometteur disparu trop jeune lui aussi.

La musique de film basé sur un thème de guitare montre des sonorités nouvelles. Mélange de guitare aux sonorités mexicaines (Vihuel-Charango), de percussion bongos et de caisse claire syncopée, le thème revient sous plusieurs formes rythmiques, donnant dans ce film une notion de western nostalgique à la sauce vosgienne.

LES AVENTURIERS 1967
Que dire de ce film dans lequel la belle Johanna Shimkus (femme de l’acteur américain Sidney Poitier dans la vraie vie) … rivalise de beauté et de charme auprès d’un Alain Delon flamboyant et d’un Lino Ventura protecteur amoureux et souriant avec un Serge Regianni magnifique de vérité dont son rôle central restera décisif dans l’intrigue de cette chasse au trésor.

Contrairement à ce que l’on peut croire, la musique du film a été faite avant et non après. Robert Enrico est parti tourner les premières images du film ” Les Aventuriers ” avec la mélodie que François avait composé avant, en parlant du film avec Robert et à la lecture du scénario. Le réalisateur Robert témoigne dans une interview radio et dans son livre de l’importance de cette musique pour créer ces superbes images sur le bateau en Afrique et le lien qui les lie tous.

Sur des décors magnifiques terrestres et sous marins ou François De Roubaix aimait se retrouver, certaines scènes montrent également un certain Fort Boyard à l’abandon avant l’utilisation télévisuelle que l’on connait de nos jours. Cassant le tempo, changeant le rythme au grès des séquences du film, de Roubaix s’ouvre à un exercice, celui d’apporter aux images un thème musical innovant que l’on retient dès les premières minutes.

LES AVENTURIERS Suite

Un des moments musicaux forts dans ce film de Robert Enrico restera les vocalises féminines pendant l’enterrement sous marin en scaphandrier de Johanna, morte à cause d’une balle perdue.
A savoir que ” l’enterrement sous marin” des Aventuriers est chanté par Christiane Legrand, la soeur de Michel Legrand, des groupes Swingging sister et Double Six (qui double aussi Catherine Deneuve dans Peau d’Ane)



LE SAMOURAI 1967
Une musique de film plus traditionnelle ou l’orgue Hammond et le Jazz restent omniprésent pour coller au thème sombre d’un tueur à gages.

Dans ce film de Jean-Pierre Melville ou trône en tête d’affiche Alain Delon qui tiendra le personnage central d’une intrigue dramatique. Dans le rôle de Jeff Costello, dit le Samouraï, Delon est un tueur à gages. Alors qu’il sort du bureau où git le cadavre de sa dernière cible, il croise la pianiste-organiste du club, Valérie. En dépit d’un bon alibi, il est suspecté du meurtre.

ADIEU L’AMI 1968
Dans le même lignée d’un style que beaucoup admireront par la suite, de Roubaix crée un thème revenant régulièrement au cours du film Adieu l’ami , dans lequel Alain Delon et Charles Bronson tiennent le haut du pavé avec le képi un peu de travers, vu les personnages marginaux qu’ils interprètent.

La musique reste un pur chef d’oeuvre, tant pour la musique du thème principal que pour les moments de transitions entre deux scènes importantes.

Par la suite, François de Roubaix travaillera avec toute une génération de metteurs en scène pour le cinéma  José Giovanni, Jean-Pierre Melville, Yves Boisset, Jean-Pierre Mocky, Julien Duviviercomme compositeur pour la réalisation chefs d’oeuvres musicaux qui resteront à jamais dans nos souvenirs, comme pour la musique du film La Scoumoune de José Giovanni, devenant une de ses plus célèbres partitions, fortement appréciée par le grand public.

DERNIER DOMICILE CONNU 1970
Dans les pas de Lino Ventura et de Marlène Jobert, en flics intègres et manipulés, José Giovanni signe l’un de ses meilleurs films, un polar existentiel en forme de balade crépusculaire dans un Paris aujourd’hui disparu.

Avec la plus célèbre rouquine aux taches de rousseurs de France, Marlène Jobert inspectrice stagiaire auprès de Lino Ventura, inspecteur de police (remisé au placard) partent tous deux à la recherche d’un témoin crucial devant témoigner contre un gros bonnet de la pègre.

Après la réussite de cette recherche et le procès condamnant le parrain de la pègre, ce témoin sera simplement remercié par les autorités policières. Laissé sans protection, il sera poignardé par un comparse du parrain, (Michel Constantin dit le tueur à l’oreille déchirée). Une manière subtile de montrer que la protection des témoins était inefficace à cette époque.

La musique de ce film nous transportera sur un thème musical ” riffé ” à son habitude par le génie créatif de François de Roubaix, découpant des cordes et des cuivres sur fond de guitare saturée par une pédale d’effet Fuzz de l’époque.

Un thème qui fait le tour de la planète

A savoir ce titre tiré du film éponyme sorti en 1970 a donné lieu à plusieurs reprises d’extraits musicaux (sample), voire pour d’autres… plus proche du pompage.

Les premiers qui ont utilisés un sample de cette chanson furent le groupe I AM : plus précisément Kéops dans l’Album ” Forest Hill ” avec le morceau ” Def Bond ”

En 1999 ce sample fût également repris par Missy Elliott pour la chanson  All N My Grill.

Egalement et plus facilement reconnaissable, l’un des plus gros hits rap de l’année 2000  ” That’s My Name” du rappeur Lil’ Bow Wow, qui n’avait que 13 ans quand il a interprété sa chanson.

D’autres musiciens ont repris également ce sample, dont un certain chanteur britannique, Robbie Williams en 2002 qui utilisera (sans vergogne ou avec habilité), la bande originale de ce film pour une de ses chansons mondialement connue (Supreme … affublée avec des interpolations de paroles d’une autre chanson, celle de i Will survive …). Certains se sont même posé la question sur le coté créatif du chanteur qui l’air de rien, sentait plus la pompette à plein nez qu’une vraie création.

Si l’échantillon sonore de ces montées de cordes jouées aux violons est reconnaissable dès les premières notes, la rythmique même du morceau à son début a été reprise par Kid Cudi, pour son titre en  2010 “Mr. Rager”.

Ceci montre que l’œuvre et le style inimitable de François de Roubaix a fait également le tour de la planète en dehors des salles de cinéma.

LA SCOUMOUNE 1972
Un film mélancolique et émouvant dans lequel le thème musical omniprésent, une mélopée nostalgique à l’orgue de barbarie qui apporte une sorte de grandeur intemporelle à l’ensemble de ce film.

Sur un mélange subtil de synthétiseur (Elka Rhaposie 610 – String Solina) et d’harmonium imitant l’orgue de barbarie d’un un gitan joueur d’orgue de Barbarie, (interprété dans le film par l’acteur mexicain Enrique Lucero), lanceur de couteau et ange gardien protecteur derrière Jean-Paul Belmondo, surnommé ” La Scoumoune ” (le porte poisse), le son répétitif du thème nous transporte dans un sentiment étrange de musique de fête que le réalisateur José Giovanni désirait.

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Enrique Lucero, le joueur d’orgue de Barbarie à coté de Jean-Paul Belmondo

Ce film nous plonge dans une atmosphère sombre dans les bas fonds du Panier de Marseille ou la pègre sévissait (déjà) dans les années 30. On y retrouve à l’écran un Jean-Paul Belmondo et Michel Constantin  au mieux de leurs talents, Claudia Cardinale resplendissante, avec l’apparition d’un petit débutant prometteur, un certain Gérard Depardieu qui faisait ses premières armes comme voyou.

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L’apparition d’un petit truand, Gérard Depardieu à ses débuts dans le film, la Scoumoune, entre Claudia Cardinale et Michel Constantin

La musique déclencheur
Avec la musique de La Scoumoune et devant l’insistance du réalisateur José Giovanni désirant conserver telle quelle la bande démo qu’il venait d’entendre, pour la musique de son prochain film, François de Roubaix comprit qu’il pouvait être autonome, tout concevoir et tout produire dans son studio familiale construit en 1971, jetant les bases d’un mouvement et d’une manière de travailler résolument différemment, cela avec trente ans d’avance sur les home studios actuels.

LE VIEUX FUSIL 1975
Ce simple thème au piano, facile à retenir montre la force du talent de François de Roubaix dans l’excellente réalisation de Robert Enrico, Le vieux fusil, un film mettant en scène Philippe Noiret et Romy Schneider subissant les exactions des soldats SS de la division Das Reich pendant la seconde Guerre mondiale dans leur demeure du Château de Bruniquel.

Inspiré du massacre d’Oradour-sur-Glane, ce film relate l’histoire d’un médecin résistant vengeant la mort de sa femme et de sa fille, sauvagement assassinées par un détachement de soldats SS stationnés dans le château du petit hameau où elles s’étaient réfugiées. (Le château de Bruniquel se trouve dans le Tarn et Garonne en région Occitanie.)

César de la meilleure musique de film
Cette musique a reçu le César de la meilleure musique de film à titre posthume le 3 avril 1976, date de son anniversaire. Son père, Paul, de Roubaix, réalisateur et producteur est monté sur scène pour recevoir le trophée pour son fils disparu.

Ce film recevra également le César des Césars. À la différence des autres Césars, il n’est pas remis chaque année et n’a été à ce jour, attribué que pour deux autres films.

François de Roubaix, César 1976 de la Meilleure Musique pour LE VIEUX FUSIL

De Roubaix et ses musiques éternelles

Il serait très difficile de parler à notre tour de toutes les musiques de films et de courts métrages de ce musicien hors norme et de rivaliser avec l’excellent documentaire diffusé il y a quelques années sur Arte. Regroupant les diverses facettes de la vie du compositeur disparu, son ami Pierre Richard sans dire mot contrairement à son habitude, figure dans ce doc comme fil conducteur, mimant un preneur de son qui trimbale son magnétophone relié à un micro au bout d’une perche (comme le premier métier de François de Roubaix) et tiendra à mon avis son rôle le plus sérieux de sa vie, sans doute en hommage à son ami François parti trop tôt.

Si la vie de François De Roubaix a été sans doute ponctuée de rencontres importantes, de moments forts, intenses et merveilleux, des doutes et des questionnements existentiels familiaux ont surgi pour lui aussi, des profondeurs des vicissitudes de tous les jours, comme un grand nombre d’entre  nous dans la vie quotidienne. Il en résulte pour nous simples auditeurs, des émotions et des couleurs sonores pour les admirateurs de musique de films que nous sommes, à chaque écoute, un élan de sentiment nostalgique qui resurgira à chaque écoute de ses musiques, lors de chaque diffusion de ces films sur le petit écran.

La musique de François de Roubaix vivra toujours et chaque personne qui croisera son talent n’en finira pas de découvrir les multiples facettes de ses oeuvres et de son talent novateur, lui qui a ouvert la voie à une nouvelle manière de concevoir la musique en créant son home-studio.

Si de Roubaix a exploré de nombreuses techniques d’enregistrement de re-re (terme technique d’enregistrement piste après piste, le re-recording), ce qu’il nommait à ses début de technique de surimpression, il restera un précurseur utilisant cette technique pour les musiques de films. Cette manière de procéder lui permettait de réaliser des maquettes souvent très élaborées, permettant aux metteurs en scène de suivre plus facilement son travail.

De Roubaix disait « Ce n’est pas au niveau de la performance, ni au niveau de l’économie que j’ai trouvé des avantages à cette méthode d’enregistrement. Prévoir sur le papier la sonorité d’un orchestre est une des grandes difficultés de la composition. Quant à rectifier au studio, lorsqu’une formation de 40 musiciens attend notre inspiration, cela tient plus au sauvetage en haute mer, que de la recherche musicale » *

Une chose reste certaine, l’ensemble de ces films sans la musique de François n’aurait pas eu le même impact sur les spectateurs et sur moi-même découvrant un jour de mon adolescence ces musiques immortelles, illustrant ces chefs d’oeuvres cinématographiques pré-cités plus haut. L’enfant que je fus à 12 ans en 1972 ne pensait pas un jour faire à son tour un hommage par écrit, à celui qui marqua, ma future vie de musicien professionnel, avant de reprendre également la caméra comme journaliste reporter d’image.

De Roubaix de nos jours

Contrairement à beaucoup de musiciens du 21 ème siècle, souvent seuls plantés devant leurs écrans d’ordinateurs (et sur Facebook), collectionnant avec passion les anciens synthétiseurs analogiques autrefois inabordables (et qui deviennent de plus en plus rares car très recherchés aux fils des ans), le musicien atypique que fût François de Roubaix fit venir régulièrement ses amis musiciens pour ajouter un supplément d’âme dans ses compositions. François sort heureux de l’expérience de l’enregistrement de la musique du film la Scoumoune, la poussant jusqu’à son paroxysme de créativité d’amalgames de son, mais confit à ses proches qu’i ne renouvellera pas cette expérience d’enregistrements, car il s’est senti trop isolé, orphelin du contact habituel avec les musiciens (amis ou professionnels) et de l’émulation provoquée par l’échange avec eux. Il est vrai que la musique n’est que meilleure lorsqu’elle est partagée.

Depuis de nombreuses années avec l’évènement de la musique électroniques et l’amélioration des techniques d’enregistrements, la miniaturisation des circuits électroniques, la démocratisation du matériel audio, vidéo et informatique, de nombreux compositeurs dans le monde entier se retrouvent dans la musique de François et utilisent des échantillons de sa musique de celui que certains surnomment (à juste titre ?), ” le Ennio Morricone Français “.

Toujours est il qu’à cette époque, Ennio et François furent les deux compositeurs au monde à mélanger l’électronique, les instruments électriques au milieu d’instruments classiques, (rappelez vous la guitare électrique saturée répondant à l’harmonica dans la musique d’ Il était une fois dans l’Ouest en 1968). Avec leurs visions musicales empiriques similaires, tout en étant diamétralement opposées sur la façon de monter artistiquement et techniquement leurs oeuvres, l’un et l’autre ont contribué à l’essor d’un nouveau style musical donnant naissance à des musiques de films inoubliables.

Inspiration à la de Roubaix

Depuis quelques années, de nombreux artistes de la génération actuelle se sont inspirés de la musique de François de Roubaix (Air, Calogéro, Daft Punk, Sébastien Tellier, Rob…), d’autres lui ont rendu hommage comme Fred Pallem et le Sacre du Tympan.

La musique de François De Roubaix restera éternelle. Administrée et protégée par les deux enfants du compositeur, sa fille Patricia (qui avait dix ans à la disparition de son père) et et son très jeune fils Benjamin De Roubaix (sept mois et demi seulement) pérennisent désormais son œuvre et s’emploient de nos jours à faire vivre et perdurer le souvenir de ce compositeur.
Benjamin De Roubaix a repris le trombone de son père, est devenu à son tour musicien- compositeur et veille avec sa soeur Patricia, sur l’héritage musical de leur papa.

François De Roubaix repose (sous une plaque funéraire au début mal orthographiée) dans le cimetière de Los Cristianos dans les iles Canaries. Ses enfants, Patricia et Benjamin y sont retournés, il y a quelques années depuis, pour la changer.

© DR : Photo de François posant devant son synthétiseur – Crédit Collection Patricia de Roubaix
© DR : Extraits audio François de Roubaix – Montage AudioGilles Loison
© DR : extrait * du livre Charmeur d’émotions de Gilles Loison et Laurent Dubois
© DR : Images tirées du film La Scoumoune de José Giovanni

A propos de l'auteur

Thierry Jirkovsky Journaliste Reporter d'Images - Rédacteur en Chef de Tv Languedoc

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