Terrorisme : oser qualifier la chose

Terrorisme … des « pudeurs de gazelle »

Pas de vacances pour le terrorisme. Les images de Barcelone sont dans toutes les têtes. Cependant cette dénomination de « terrorisme » reste bien problématique, trop imprécise pour être honnête. Au fond, avant de s’interroger sur les causes des attentats djihadistes et sur les moyens de les combattre, ne faudrait-il pas  s’interroger auparavant sur notre incapacité à intégrer la spécificité religieuse de ce phénomène meurtrier ? De quoi notre incapacité à qualifier le terrorisme d’islamiste est-elle le nom ? Pourquoi gardons-nous sur ce sujet des « pudeurs de gazelle », selon la formule de Jean-Luc Mélenchon, utilisée dans un autre contexte ?

« Pas d’amalgame ! »

La première réponse qui vient à l’esprit est notre volonté de ne pas stigmatiser la religion musulmane. Il faudrait s’abstenir de parler de « terrorisme islamiste » afin de ne pas faire d’amalgame  entre les fanatiques se réclamant d’un islam pur et dur, et l’immense majorité des croyants musulmans pacifiques. Mais aussi légitime que soit cette précaution de ne pas mettre tout le monde dans le même sac, elle ne peut manquer de susciter l’étonnement.

En effet, n’est-ce pas profondément mépriser nos concitoyens que ne pas les juger capables d’opérer le tri entre une pratique apaisée de l’islam et son dévoiement par le salafisme djihadiste ? Quant aux musulmans eux-mêmes, sont-ils à ce point benêts qu’ils resteraient dans l’incapacité de comprendre que l’on ne les vise pas, eux, lorsque est évoqué le fondamentalisme meurtrier de l’Etat islamiste ?

Cessons de prendre les croyants pour de grands enfants au discernement déficient. Au motif de ne pas les stigmatiser, on en arrive ainsi à traiter toute une partie de la population comme des personnes mineures ! Quant à l’accusation d’ « islamophobie », elle est un prétexte commode pour disqualifier ceux qui tentent de réfléchir, au-delà de l’immédiateté médiatique, sur les raisons d’une telle dérive fanatique interne à l’islam.

Déni de la dimension religieuse

Cette réticence à qualifier le terrorisme d’islamiste, tient également à l’ignorance de nos élites médiatiques et politiques concernant le fait religieux. Incapable de comprendre la centralité de l’aspiration religieuse, le « dessus du panier », qui monopolise la parole publique, essaye à toute force de trouver toutes les raisons aux terroristes : maladie mentale, sentiment d’exclusion, déclassement social, conflit israélo-palestinien, mémoire de la colonisation, etc. Jamais les motifs allégués par les tueurs ne sont pris en considération. Pourtant ces raisons sont de nature explicitement religieuse.

Pourquoi un tel déni ?

En fait, nos élites restent enfermées dans une idéologie immanentiste. Qu’est-ce à dire ? Pour elles, ce monde-ci est le seul qui compte. Aussi sont-elles impuissantes à comprendre que pour la majorité des individus vivant sur notre planète, il existe un autre monde. Que les terroristes pervertissent cette croyance, c’est une évidence.

Cependant, se refuser à voir que l’homme n’a jamais considéré le monde d’ici-bas comme l’alpha et l’oméga de toute la réalité, c’est se condamner à passer à côté des motivations des terroristes. Quand ces derniers mettent en avant leurs motivations religieuses, on aurait tort de ne pas les prendre au sérieux et au mot.

L’ignorance des enjeux théologiques

Notre incapacité à prendre les fondamentalistes « à la lettre »  nous amène à la troisième cause de l’aveuglement de nos élites au sujet du phénomène du terrorisme islamiste. Soucieuses de trouver des causes psychiatriques, sociologiques, économiques, voire « culturelles » (mais quelle extension et compréhension donner au terme de « culture » dans ce cas ?) à la dérive meurtrière du fondamentalisme, nos classes bavardes, qui pensent posséder le monopole du savoir, ont oublié de se pencher sur les problématiques religieuses qui travaillent l’islam. Bien sûr, cette religion n’est pas la seule à être travaillée par des débats internes. Cependant, il faudra bien en arriver un jour à la question centrale du statut du Coran, et de son inspiration, afin de tenter de cerner les causes qui poussent les fanatiques à se revendiquer de certains versets du livre saint pour passer à l’acte.

Que faire des appels explicites à la violence ? Faut-il abroger les versets qui les contiennent ? Mais est-ce possible si le Livre et son contenu sont intangibles ? Absolutiser le Coran n’est pas neutre. On se condamne alors à ne pas contextualiser certains de ses passages, c’est-à-dire à ne pas les replacer dans la situation historico-politique où ils ont été écrits. Si bien que ce qui était conjoncturel devient éternel. Avec une telle distorsion, il n’est pas difficile de faire de l’antisémitisme ou de l’antichristianisme une opinion gravée dans le marbre. On devine les implications actuelles d’un tel postulat. Là-dessus, silence radio de nos castes si loquaces pour étaler leurs bons sentiments, si promptes à servir de relais aux appels au « vivre ensemble ». Evidemment, tout le monde désire « vivre ensemble ». Mais cela n’interdit pas de se poser la question de savoir pourquoi certains ne veulent pas « vivre avec nous », en alléguant pour cela des motifs religieux.

Les images trompeuses des peluches des remblas

L’attentat de Barcelone a donné l’occasion à une multitude d’ « experts » de défiler sur nos écrans durant le mois d’août . Il ne s’en est pas trouver beaucoup toutefois pour soulever la problématique des versets coraniques qui fâchent. Pourtant il faudra bien tenter d’amorcer  le mouvement. Pourra-t-on compter, pour cette tâche, sur nos élites médiatiques superficielles, ou sur notre classe politique ignorante et lâche ?

Le temps presse. Les chaînes d’information en continu passent en boucle les images de bougies et de peluches sur les remblas barcelonaises. Mais ce spectacle lui aussi est trompeur.  Il tend à laisser penser que les citoyens de nos sociétés sont gagnés par une vision irénique de la marche du monde. Rien n’est moins sûr. Peut-être une colère froide couve-t-elle, loin des caméras. Nos élites, ignorantes et couardes, qui se dissimilent derrière  les diagnostics  d’experts autoproclamés, pour ne jamais aborder les questions essentielles, auraient tout intérêt à y prêter attention, avant qu’elle n’éclate.

Responsables ou couards ?

Pourra-t-on longtemps se prévaloir d’une éthique de responsabilité afin de taire pieusement certaines vérités et nos intimes convictions ? Mais au nom de quoi, de quelle « responsabilité » ? Nous occultons les problématiques fondamentales comme si nos concitoyens musulmans étaient incapables de débattre. Il est à craindre qu’un tel mutisme ne se retourne au final contre nous.

A cet égard, rien ne serait plus néfaste que de succomber au chantage à l’ « islamophobie ». Ce terme a été inventé par ceux-mêmes qui désirent phagocyter tout débat interne à l’islam, afin de mener en toute quiétude leur visées et leurs avancées politico-théocratiques. Nous croyons préserver la paix en nous taisant. C’est un mauvais calcul dont tout le monde pâtira, à commencer par les musulmans pacifiques pris en otage par une minorité agissante.

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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