Voeux pour une jeunesse désorientée

Voeux pour une jeunesse désorientée
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Voeux 2018 : S’aimer afin de durer

Il est de tradition de formuler des voeux en ce début d’année. Aussi je ne me refuse pas le plaisir de partager les miens aux lecteurs de TV Languedoc.

Je pourrais exprimer le souhait que la situation s’améliore sur les fronts du chômage et de la sécurité, qui restent les deux priorités des Français. Mais au-delà de ces souhaits légitimes, et dans leur prolongement, je m’attacherai plutôt à souligner ici la nécessité pour notre pays de continuer à s’aimer lui-même afin de perdurer et de traverser dans les meilleures conditions les bourrasques de l’histoire qui ne manqueront pas de survenir. Comment tenir, et perdurer, en effet si la France rougit d’elle-même ?

L’autocritique, une longue tradition française

Notre pays est fier, à juste titre, de savoir porter le fer de la critique dans ses propres réalités, dans ses errements et ses carences. Cette spécificité de l’autocritique, loin de représenter une tare, est au contraire une force. Les systèmes idéologiques ou politiques qui ne tolèrent aucune remise en cause, sont en fait les plus vulnérables. Incapables de prendre le pouls de la population, et de regarder en face leurs propres malformations, ils finissent par s’effondrer à la longue sous le poids de leurs corruptions politique, économique et morale.

L’Europe a été le premier continent de l’histoire à scruter sa propre histoire avec le recul nécessaire afin de détecter ses propres failles. Que l’on pense à Montaigne. Plus près de nous, Claude Lévi-Strauss a porté à notre connaissance le génie de civilisations en péril, en nous mettant en garde contre tout ethnocentrisme. Cette mise à distance de soi est une des spécificités de notre culture. Elle explique également le formidable élan d’un progrès qui nous a portés, et qui a étendu ses antennes tous azimuts : médecine, politique, technologie, science, etc. Il est vrai que cette idéologie de la marche en avant semble désormais marquer le pas, victime de ses propres excès, de son hubris, ainsi que de la déconnexion de la liberté d’avec la vérité.

Exigeons le meilleur pour nos enfants

Cependant, il ne faudrait pas que cette tradition de l’autocritique s’abime en haine de soi et en dénigrement compulsif de notre culture. S’il veut affronter l’avenir avec sérénité et détermination, notre pays doit cesser de se flageller. Il est impératif pour lui au contraire de redonner à nos concitoyens la fierté d’appartenir à une des plus brillantes cultures que l’histoire ait jamais connue.

A cette fin, les incantations ne suffisent pas. Il est nécessaire d’initier les jeunes générations au génie de la France. Et cet objectif passe par l’apprentissage de la langue et de l’histoire. Je ne peux m’approprier Molière, Balzac, Hugo ou Baudelaire, qu’en maîtrisant au préalable la grammaire, la syntaxe et l’orthographe. De même, je ne serai en mesure d’apprécier les peintures du Louvre que si je possède quelques notions de chronologie historique ou de religion. Ne sacrifions pas l’intelligence et l’avenir de notre jeunesse sur l’autel d’un égalitarisme obtus ou d’une technophilie béate ! Le smartphone ou le numérique, c’est bien, mais cela ne remplacera jamais les humanités et l’étude d’une pièce de Racine ou d’un poème d’Aragon.

En ce début d’année, formulons le voeu que nos responsables prennent la mesure du saccage qui a été perpétré au sein de l’Education nationale, et qu’ils s’attellent à la tâche d’y remédier.

Assurer intelligemment l’unité de la nation

Ces mesures d’urgence prise au niveau de l’enseignement resteront cependant insuffisantes tant que les nouvelles générations subodoreront chez leurs aînés un certain désintérêt du bien commun. L’idéologie ultra-libérale conçoit la société comme une agrégation d’individus arc-boutés sur leurs « droits », et dont l’unité est confiée au marché et à sa mythique « auto-régulation ». Avec une telle vision, il est impossible de faire partager par tous les membres de la communauté politique de la nation, des valeurs et une culture communes qui transcendent les intérêts économiques, les classes sociales et les appartenances confessionnelles.

Cet individualisme, en plus de ravaler l’homme à un simple « agent économique », fait à la longue le lit du communautarisme. En effet, s’il n’existe plus que des individus crispés sur l’obtention de leurs « droits », en dehors de tout sentiment de dette filiale envers notre pays, en vertu de quelle autorité refuserions-nous aux intégristes le droit de faire la loi dans l’ espace qu’ils se seront octroyés ? Ne laissons pas à notre jeunesse un pays divisé, ignorant de son passé, impuissant à s’orienter dans l’avenir, et soumis au sécessionnisme religieux.

Transmettre notre patrimoine pour préserver la paix

Voilà le voeu le plus pressant pour 2018 : que nos jeunes continuent à aiment leur pays, sans oeillères ni idolâtrie, mais en toute connaissance de cause. Pour cela, priorité doit être donnée à la transmission de notre patrimoine culturel et artistique. La politique n’est pas tout. La culture doit prendre le relais quand celle-là atteint ses limites. La France a été à l’origine une création politique. Ce qui explique le centralisme capétien et jacobin. C’est aussi la raison pour laquelle nous attendons beaucoup trop de l’Etat et des hommes politiques. Il est urgent de rompre avec ce réflexe. Les solutions ne viendront pas toutes des cabinets ministériels ou de l’Elysée.

L’alternative est simple : soit nous puisons dans notre trésor culturel commun afin d’affronter avec intelligence, détermination et bienveillance, les défis qui nous attendent, soit les groupes sectaires le plus rusés n’hésiteront à occuper le vide que notre négligence leur aura laissé. Il ne servira à rien alors d’ânonner des incantations à la « laïcité ». C’est à nous-mêmes que nous devrons nous en prendre.

La conditions sine qua non du respect des règles du sacro-saint « vivre-ensemble », et de la paix, passe par l’amour de notre pays et de sa culture, non par des bêlements de consciences malheureuses ou par l’étalage de bons sentiments dégoulinants et sans lendemain. C’est là un motif supplémentaire pour initier nos jeunes à notre patrimoine culturel. Cessons de croire que la capacité de penser par soi-même, et l’amour de notre pays, soient choses contradictoires !

Bonne année aux lecteurs de TV Languedoc !

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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