Réseaux sociaux : un terrain propice aux mauvais affects

Réseaux sociaux : un terrain propice aux mauvais affects
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Avec les réseaux sociaux,  l’optimisme n’est plus de saison

Les plus optimistes des technophiles nous avaient vendu les réseaux sociaux comme le nouveau moyen de communication qui allait mettre tout le monde en relation avec tout le monde, et de la sorte qui allait exorciser, une fois pour toutes, le spectre de l’isolement qui gangrène nos sociétés. De ce vaste réseau universel d’ échanges, qui ne laisserait personne sur le bord de la route, allait naître une nouvelle ère de concorde universelle, où il serait possible d’apaiser et de résoudre les tensions et les différents par la parole et l’argumentation.

Cette promesse des Facebook, Twitter et consorts, a-t-elle été tenue ? L’honnêteté nous oblige à répondre par la négative. En effet, jamais les échanges entre les hommes n’ont été aussi tendus que depuis l’utilisation d’Internet. Les réseaux sociaux ne favorisent pas la nuance dans l’expression de l’opinion personnelle ! Les invectives pleuvent. Soit vous « likez », soit vous ne « likez » pas. Le moyen terme n’existe pas !

Pulsion de lynchage

Plus grave : les réseaux possèdent le désavantage de favoriser la pulsion de lynchage chez bon nombre de leurs utilisateurs. Tout le monde connaît les réactions suscitées par la scène de l’abattage du cerf à La Croix-Saint-Ouen (Oise). L’auteur, qui s’est substitué (à son grand regret rétrospectif) à la gendarmerie pour abattre l’animal, a subi une campagne de dénigrement d’une très grande violence. Mais point besoin d’illustrer cette tendance par cet exemple notoire. C’est tous les jours que des quidams sont pris à parti par des personnes qui ne partagent pas leurs avis, et cela de façon extrêmement brutale.

Le mythe de Gysès

Il semblerait que la retenue et la nuance ne soient pas les caractéristiques principales des échanges réalisés sur les réseaux sociaux. La facilité à insulter est proportionnelle d’ailleurs à la capacité qu’ils offrent aux utilisateurs de sévir masqués derrière leurs écrans. C’est un peu la réactivation du mythe de Gysès. Selon la légende, ce roi de Lydie (au VI ième siècle av J-C), aurait acquis, grâce à un anneau magique, le pouvoir de devenir invisible. Ce qui lui permit de commettre nombres d’actes répréhensibles sans en répondre devant le tribunal des hommes. Il en va de même avec les « pseudos » qui, en vous rendant non-identifiables sur les réseaux sociaux, vous octroient de la sorte le pouvoir d’agir en toute impunité sur la Toile.

Défiance et complotisme

Cette « parole libérée » que l’on observe (et entend) sur les réseaux sociaux est également le fruit d’un sentiment d’exclusion. La défiance est en effet de mise entre les citoyens et les médias. La côte de popularité des journalistes n’ a jamais été aussi basse. Le Français moyen a souvent l’impression d’être manipulé par une profession qui s’arrange pour ne jamais appeler les choses par leur nom, de peur d’être en dehors des clous du « politiquement correct ». Si bien que le décalage grandit entre les « codes » journalistiques et le ressenti de la population. Cette dernière a la fâcheuse impression de ne jamais être prise au sérieux dans ses témoignages, souvent taxés de « populisme ».

La fin des grandes idéologies n’arrange pas les choses. Celles-là nous dictaient où se situaient le bien et le mal, le vrai et le faux. Depuis leur disparition, le citoyen, reclus chez lui, ne possède plus, pour se faire une idée de la marche du monde, que ce que les médias lui apportent en guise de news ou d’analyses explicitées en quatrième vitesse. D’où son insatisfaction à leurs égard.
Cerise sur le gâteau : à ce sentiment d’exclusion vient s’ajouter l’impression qu’on lui cache quelque chose. Ainsi s’explique la tendance observée sur les réseaux sociaux à relayer les thèses conspirationnistes. Selon celles-ci, des officines occultes trameraient des complots à l’échelle de la planète dans notre dos. La faillite des idéologies, qui tentaient d’expliquer la marche du monde à leur façon, a laissé la place aux théories qui tentent d’expliquer les événements par les mauvaises intentions de puissances occultes. Et il n’est pas rare que celui qui exprime une opinion qui déplaît sur les réseaux sociaux soit assimilé à un suppôt de cette puissance conspiratrice !

Car le réseau social n’opère aucun tri entre infos. Il est un simple hébergeur. Le geek y trouve pêle-mêle des articles de qualité comme les fake news les plus obtuses. Dès lors, il devient très difficile de se faire une idée de la rationalité de la marche du monde dans un pareil fatras ! Surtout lorsqu’on sait que les Français délaissent majoritairement les journaux-papier au bénéfice d’Internet pour s’informer.

Gare à l’image « partagée » qui tue !

L’anonymat favorise, attise, l’outrance. Sans compter qu’un portable qui filme, au bon endroit et au bon moment, peut s’avérer une arme redoutable pour vous mettre à mort ! Filmé à votre insu dans une situation à votre désavantage, vous pouvez subir, dans votre réputation, des dommages irréparables. En effet, l’image, mise en ligne et aussitôt « partagée », est en mesure, à elle seule, de signer votre mort sociale. Et cela sous couvert de « bienveillance » envers ceux qui ignoraient jusqu’alors l’être dangereux et nocif que vous étiez avant que ces justiciers numériques ne le leur dévoilent !

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Les réseaux sociaux sont devenus une vraie jungle. Avant de lâcher leurs enfants dans ce labyrinthe, il est recommandé aux parents de se livrer à une sérieuse pédagogie à leur intention afin de les prémunir des pièges qu’ils y rencontreront. Le meilleur y côtoie le pire. Il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais de mettre en garde contre la nocivité de l’eau du bain quand cette eau devient opaque et polluée par les mauvais instincts.

Le « Progrès » a impacté beaucoup de secteurs de nos activités. En revanche, il est resté jusqu’à maintenant impuissant à changer la nature humaine.

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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