La révolution numérique accouchera-t-elle du pire?

La révolution numérique accouchera-t-elle du pire?
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La révolution numérique emportera-t-elle tout sur son passage ? Peu de domaines échappent aux changements qu’elle apporte. Travail, vie privée, communication, médias, transports, énergie, finances, services publics, politique : autant domaines qui se trouvent concernés par la puissance du cybermonde.

Révolution numérique … une inquiétante capacité d’intrusion

Une des forces du numérique réside dans sa capacité à décloisonner les secteurs d’activité afin de les relier entre eux. C’est ainsi que l’ubérisation de l’économie permet de transformer un consommateur en producteur, à la politique de s’immiscer dans la vie privée des gens grâce aux algorithmes capables, à partir des données de ce que vous avez « posté » sur le Net, de savoir ce que vous pensez, pour quel parti vous penchez, etc. Arme redoutable pour les publicitaires, les annonceurs. Le numérique abolit ainsi insidieusement, sans préavis, la frontière entre privé et public.
Il n’est aucun métier qui ne soit affecté par cette révolution. Le cyberespace ne concerne pas seulement l’activité des services. Plus généralement, il menace de mettre au chômage tous ceux qui ne maîtriseront pas l’environnement digital de leur secteur professionnel. Le numérique risque de supprimer un nombre considérable d’emplois avec l’apparition massive de l’automatisation. Menace-t-il le salariat à long terme, en contournant facilement la réglementation, que ce soit le droit du travail ou bien les normes fiscales ?

La politique impactée à son tour

Le cybermonde révolutionne également la pratique du politique. Ses dévots vantent sa capacité à faire apparaître une démocratie directe. Utopie ? Ce n’est pas parce que vous pouvez commenter à chaud la dernière intervention d’un politicien, et que votre réaction est envoyée à l’ensemble de votre réseau, que la démocratie progressera pour autant. Le numérique semble davantage favoriser l’instantanéité que le délai de réflexion. Le cyberespace privilégie le temps très court au temps long. La liberté n’a rien à gagner de cette précipitation.
Le numérique, c’est aussi la toute puissance de la technologie qui s’invite dans toutes les dimensions de votre existence : l’éducation de vos enfants, la santé, la médecine, vos réseaux d’amis, vos goûts. Qui garantira la sécurité des données que le numérique stocke sur votre compte ? Comment éviter que de telles informations tombent en de mauvaises mains ?

Un nouveau totalitarisme ?

L’espace virtuel nous rêve légers, « cools », ludiques, sympas. Mais n’est-ce pas un trompe-l’oeil ? La Toile peut se transformer à tout moment en une gigantesque officine de renseignements. Internet se glorifie de sa faculté à mettre tout en rapport avec tout, de sa transversalité. Cependant, au final, n’est-ce pas un pouvoir totalitaire dont il accouche ? Un pouvoir auquel rien n’échappe. La révolution numérique scelle-t-elle la fin de l’ère des secrets ? Or, sans secret, pas de liberté. Big Data est moins sympathique que ce qu’il nous laisse croire …
De dangereux utopistes ont prophétisé qu’Internet serait prochainement la «conscience du monde». Rien n’est plus faux. Un vaste forum, dans le meilleur des cas ; le plus souvent, un gigantesque terrain vague où se déverse toute la bile des opinions.

Et si le dernier geste pour préserver sa liberté était de se déconnecter ?

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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