Les promesses (électorales) n’engagent-elles que ceux qui les croient ?

Les promesses (électorales) n’engagent-elles que ceux qui les croient ?

Se résigner à la crédulité ?

La paternité de l’adage bien connu : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », a été attribuée à plusieurs hommes politiques. Au-delà du cynisme que cette formule démontre chez ceux qui la revendiquent sans vergogne, il est intéressant de s’interroger pour savoir si par hasard elle ne comporterait pas une part de vérité.

Est-ce à dire qu’il faille se résigner à la crédulité des électeurs ? La démocratie est-elle condamnée à rester un marché de dupes ? La logique électorale conduit-elle implacablement à privilégier le mensonge au détriment de la vérité ? Ainsi posée, la question ne sera jamais totalement tranchée.

Nous avons la chance de vivre en démocratie. Aussi, au lieu d’envisager la problématique du côté des politiques, il est plus judicieux de l’appréhender du côté des électeurs.

Pas de campagne électorale sans promesses

Il n’existe pas de campagne électorale sans promesses. Sinon le candidat serait dans l’obligation d’avouer que l’état du pays le satisfait. Qu’est-ce qui motiverait alors son engagement ? Pour se porter candidat à une élection, deux conditions sont requises : dresser un tableau peu reluisant de la collectivité dont on aspire à prendre la conduite, tableau qui en souligne les dysfonctionnements, et proposer ensuite des solutions pour y remédier. Hors de là, vous n’avez pas besoin de vous présenter devant les électeurs. Si tout baigne, à quoi bon vouloir changer les choses ?

C’est ainsi que les promesses sont indissociables d’une campagne électorale. Mais qui engagent-elles ? Ceux qui les tiennent, ou ceux qui les croient ? Le bon sens pencherait pour la première option. Vous avez fait miroiter des miracles : à vous de répondre de leur réalisation une fois que vous êtes au pouvoir ! Mais est-ce si simple ?

Citoyen ou consommateur ?

N’est-ce pas déresponsabiliser l’électeur que de le cantonner dans le rôle d’arbitre des élégances de la réalisation des promesses ? Ne doit-on pas lui demander à lui aussi un effort de discernement, afin qu’il fasse preuve de moins de crédulité, qu’il produise l’ effort de se renseigner sur la crédibilité et la faisabilité d’un programme ? Sinon, cet électeur a toutes les chances de rester un éternel consommateur de promesses, voire un rouspéteur compulsif.

Si la politique est « l’affaire de tous », selon le slogan en vigueur, alors toute la charge de la responsabilité ne doit pas être toujours supportée par les mêmes. Voter est un acte civique qui engage. Un acte qui est différent, par sa nature, de l’achat d’un vêtement ou d’une automobile, produits dont on peut contester les malfaçons en se faisant rembourser. Il en va différemment avec une élection. Déléguer le pouvoir à un homme relève d’un autre ordre d’action que la poursuite d’intérêts privés.

Responsabilité partagée

Le temps est peut-être venu de ne plus s’interroger seulement sur la probité des candidats, ou leur probabilité à se faire élire, ou bien encore sur les moyens à prendre pour les forcer à tenir leurs engagements, mais de se poser la question au sujet des ressources à mobiliser afin que ces mêmes engagements se réalisent. Car il ne suffit pas de nous affrioler avec un objectif séduisant. Encore faut-il préciser le chemin à emprunter pour l’atteindre. Généralement, c’est le moment où les promesses finissent en capilotade.

Croire une promesse n’est pas un crime. Mais se voiler les yeux, ne rien vouloir savoir au sujet des moyens à mettre en oeuvre pour les atteindre, est autrement plus grave. C’est sur ce terrain que les électeurs ont à interroger les hommes qui briguent leurs suffrages. Sinon, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes de leur déception.

En démocratie, les hommes de pouvoir ne sont pas seuls responsables des résultats de leur politique. Les électeurs y ont aussi leur part. Si nous arrêtions de vouloir entendre les hommes politiques nous déblatérer continuellement ce que nous désirons entendre, la démocratie fonctionnerait certainement mieux, et la suspicion à leur égard reculerait d’autant. Arrêtons de nous bercer de l’air de la chanson, et penchons-nous davantage sur le contenu des paroles !

Exigez de lire le devis !

En politique, le coup de coeur ne suffit pas. La tête est aussi de la partie. Et cela n’est pas valable seulement pour ceux qui sont au timon de l’Etat, mais aussi pour ceux qui les y mettent.

Si vous tenez à ce que les promesses n’engagent pas que vous, électeurs, ne vous bornez pas à demander aux hommes politiques ce qu’ils peuvent faire pour vous ! Questionnez-les également sur les moyens qu’ils comptent mettre en œuvre pour y parvenir. Ne vous contentez pas de visiter l’appartement-témoin ! Exigez en sus d’inspecter toute la résidence ! Et l’état de toiture ! N’hésitez pas non plus à demander à lire le devis au cas où des travaux seraient prévus !

Jean-Michel Castaing

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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