Sous-marins australiens : Leçons d’un revers diplomatique

L’affaire des sous-marins australiens a été une humiliation pour notre pays. Après le stade des protestations et de l’indignation, l’heure est venue d’en tirer les leçons. Il ne sert à rien de se surpasser en rodomontades. D’un mal peut toujours surgir un bien. Involontairement, les Américains nous ont rendu service. Voyons comment.

Sous-Marins : En finir avec les rodomontades lyriques

D’abord, notre pays doit arrêter d’appréhender la scène internationale sur le mode lyrique. Les nations ne sont pas de gentilles personnes. Et les Etats qui les mènent encore moins.

La France est trop naïve. Et nos dirigeants trop vaniteux, qui passent leur temps à faire la leçon à la terre entière. Un peu d’humilité n’a jamais fait de mal. Vaniteux, nos dirigeants le sont aussi en croyant être en mesure de mener une politique déterminante en Asie, plus précisément dans la zone indo-pacifique. Or, celle-ci est trop éloignée du territoire métropolitain pour que nous puissions y prétendre jouer un rôle majeur.

En nous excluant de l’ « Aukus » (l’alliance militaire navale entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni), les Américains nous ont rendu service car de la sorte nous n’aurons pas à nous mêler de la confrontation titanesque entre la Chine et les U.S.A. Nous ne nous laisserons pas entraîner ainsi dans une aventure incertaine.

Certes, nous sommes plus proches de l’Amérique que de la Chine ; cependant, gardons-nous de mette le petit doigt dans l’engrenage de la polarisation qui se dessine en Asie entre les deux hyper-puissances du 21 ième siècle. Non seulement, cela n’est pas notre intérêt, mais de plus nous n’avons rien à y gagner et surtout, nous n’en avons pas les moyens. Cette zone indo-pacifique est trop lointaine : contentons-nous déjà de contrôler la Méditerranée, de prévenir les velléités djihadistes en Afrique sub-saharienne et d’être davantage présent au Proche-Orient. La sagesse et la prudence nous commandent de dimensionner nos objectifs à nos moyens et … à notre géographie !

Laisser les Asiatiques régler les problèmes asiatiques

La seconde leçon que nous délivrent les Américains est de nous pencher davantage sur nos intérêts. Eux le font sans scrupules. Dans le Pacifique et l’océan indien, notre premier objectif est de conserver nos territoires ultramarins : Réunion, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie. Déjà, la Chine lorgne sur la Nouvelle-Calédonie : renforçons la présence de notre marine afin de la protéger. Pour le reste, l’Asie est l’affaire des Asiatiques. La Chine désire en expulser les Américains : nous ne sommes pas de taille à nous mêler de cette affaire.

Savoir nouer des partenariats intelligents

Troisième leçon : compter sur nous-mêmes et bâtir des partenariats ponctuels. La France ne peut pas compter sur une Europe de la défense : tous les pays du vieux continent, assistés et quasi-émasculés, s’en reportent à l’Oncle Sam pour les défendre et cette situation n’est pas prête de changer. Cependant, les pays avec lesquels nous pouvons nouer des coopérations ne manquent pas, à commencer par l’Inde. Sortir de l’Otan ne servirait à rien et serait même contre-productif. Continuons à travailler avec le Royaume-Uni.

Le projet du « Global Britain » est une esbroufe pour camoufler les contrecoups du Brexit. En réalité, le Royaume-Uni en est réduit en être un supplétif des USA. Ces derniers se méfiaient de la France, trop peu sûre à leur goût. Entre Anglo-Saxons, on se comprend. Qui se ressemble, s’assemble. Surtout, il faut se garder de mariner dans le jus de nos rancunes. Les nations se conduisent selon leurs intérêts. On peut le regretter mais c’est ainsi. L’oubli est une vertu en diplomatie afin de repartir sur de meilleures bases.

Rester indépendants dans la coopération

Ce qui nous manque, c’est la volonté gaullienne de renforcer notre outil de défense. Mais aussi des têtes intelligentes au Quai d’Orsay. De Gaulle savaient que les Anglo-Saxons étaient méfiants envers la France, voire jaloux…Il avait prévu qu’entre l’Europe et la Grande-Bretagne, cela ne marcherait pas.

Depuis, nos chefs d’Etat n’ont plus de vision stratégique ni historique. Nos « élites » vivent dans un entre-soi hors sol, complètement ignorantes de la dimension tragique de la marche de l’histoire et de la concurrence entre nations. Elles préfèrent écouter les oracles de l’enfant Greta et espèrent pompeusement « sauver la planète » alors qu’elles ne savent même pas mener la barque de leurs propres existences et ignorent ce qui se trame dans les contrées proches de chez nous !

Nous avons besoin de visionnaires et de réalistes, à la rhétorique sans emphase, cultivés mais sobres dans l’expression. A la place, nous avons des orateurs lyriques devant des cercueils. Et pendant ce temps, nos parlementaires devisent sur le sexe des anges…

Jean-Michel Castaing

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Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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