Il y a 50 ans, Revolver était né.

Il y a 50 ans, Revolver était né.
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Il y a 50 ans, exactement ce 5 Août 1966, les Beatles sortaient leur septième album, un des plus créatifs et un des plus expérimentales albums de l’époque … Revolver.

Revolver

Album majeur de leur carrière et l’un des plus influents de tous les temps par les critiques, Revolver figure entre autres à la troisième place dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps du magazine Rolling Stone.

Contrairement à leurs débuts où les Beatles avaient généralement tendance à imaginer les situations de leurs chansons, les textes de Revolver sont directement inspirés des expériences personnelles de chaque musicien. Le génie créatif du groupe commençait à éclore, ses membres étant au sommet de leur collaboration et de leur cohésion.

De nouvelles règles

Il est vrai que pendant longtemps, le répertoire des Fab Four se constituait de chansons conventionnelles avec des histoires toujours à propos de filles et d’amour. Leur première chanson à déroger à cette règle est Nowhere Man, parue sur le précédent album Rubber Soul fin 1965. Avec ce nouvel album, cette tendance se confirme avec une galerie de personnages et de thèmes élargissant leur univers.

De nouveaux thèmes et personnages

Coloriées sur les scopitones (ancêtre des clips vidéo), entre couleurs psychédéliques et mais également en noir et blanc, des personnages et des thèmes hauts en couleur sont abordés dans l’album Revolver.
Comme la présence un percepteur (Taxman), une bigote solitaire (Eléonor Rigby), le sommeil et la paresse (I’m Only Sleeping), où le solo de guitare de John est passé à l’envers suite à une mauvaise manip … , un capitaine d’un sous-marin jaune (Yellow submarine) que les marketeux français de l’époque responsables du marché hexagonale n’ont rien trouver de mieux que le traduire par sous marin vert  (non mais je te jure … du grand n’importe nawak)…, On y retrouve un docteur plutôt douteux, (Doctor Robert) une chanson qui raconte l’histoire véridique d’un médecin new-yorkais prêt à prescrire toutes les pilules qu’on lui demandait … et même le Livre des Morts tibétain (Tomorrow Never Knows).

Des nouvelles méthodes d’enregistrements

Aux côtés de George Martin et des Beatles, un tout jeune ingénieur du son fait donc ses débuts : Geoff Emerick, 19 ans. Il va d’entrée de jeu changer la façon d’enregistrer la batterie en positionnant les micros plus près des fûts, en  » assourdissant  » la grosse-caisse à l’aide de vêtements placés à l’intérieur (le jour même de son entrée en fonction, le 6 avril 1966) et la basse, en se servant d’un haut-parleur comme micro placé en face de l’ampli.

Emerick ignore délibérément les règles strictes édictées dans les studios EMI et se met totalement au service de Beatles avides d’expérimentations. Pour eux, un autre membre du personnel technique d’EMI, Ken Townsend, invente le moyen de ne plus avoir à doubler sa propre voix, l’Automatic double tracking, et à partir de celui-ci invente le flanger.

Geoff Emerick : « De façon incroyable, toutes les pistes de Revolver ont été créées dans le studio, sous nos propres yeux. Les Beatles n’avaient pas répété auparavant, il n’y avait eu aucune pré-production. Quelle extraordinaire expérience ce fut de voir chaque chanson se développer et fleurir confinée entre ces quatre murs! Quasiment tous les après-midis, John, Paul ou George arrivaient avec une feuille de papier gribouillée avec des paroles ou une séquence d’accords, et en un jour ou deux, nous avions une nouvelle merveille couchée sur bande. À chaque fois, je pensais … Wow, à quoi va ressembler la prochaine ?, ce qui me donnait la volonté de rendre le son encore meilleur pour essayer de dépasser ce que nous avions déjà fait »

Innovations lors des enregistrements

La chanson  » I’m Only Sleeping «  est réputée pour contenir le premier solo de guitare inversé (joué par George Harrison) — ou tout simplement la chanson  » Rain «  enregistrée quelques jours plus tôt, la première bande musicale jouée à l’envers — de l’histoire du rock. Quant à savoir comment cet effet fut découvert, Paul McCartney donne sa propre version. Selon lui, le groupe était en train d’enregistrer le solo de guitare de George Harrison lorsque le technicien chargé du magnétophone mit la bande à l’envers :

« Ça jouait à l’envers, « bordel qu’est-ce qui se passe ? ».

Cet effet ! Personne n’avait alors entendu de choses à l’envers.
On a dit « mon dieu, c’est fantastique, on peut faire ça pour de bon ? ».

George Martin ( le producteur) étant favorable à ce genre d’idée et plutôt aventureux pour une grande personne raisonnable et responsable du studio, a répondu « oui, je crois que c’est possible ».« Alors on l’a fait et c’est ce jour-là que nous avons découvert la guitare à l’envers. C’était un beau solo en fait. Ça sonne comme quelque chose qu’on ne pourrait pas jouer sur scène, voir rejouer tout simplement » explique Paul McCartney.

La version que donnent John Lennon et George Harrison est différente. C’est en fait John qui aurait accidentellement enclenché à l’envers, chez lui, la bande de travail de la chanson Rain enregistrée quelques jours avant I’m Only Sleeping, et serait revenu aux studios tout heureux de sa trouvaille. On l’entend ainsi chanter à l’envers à la fin de Rain, George Harrison se chargeant de transformer l’essai à la guitare sur I’m Only Sleeping.

Herbe vs Acide

John Lennon

Comme le résume assez bien John …

« Si Rubber Soul a été l’album de l’herbe, Revolver est celui de l’acide … »

Il est vrai que John très porté sur la consommation de LSD, transmet ses expériences de la drogue dans trois chansons de l’album. Un trip à Los Angeles est à l’origine de son She Said She Said tandis que le créatif Tomorrow Never Knows, écrit sous acide, traite de préceptes du bouddhisme tibétain sans oublier Doctor Robert une chanson qui raconte l’histoire véridique d’un médecin new-yorkais prêt à prescrire toutes les pilules qu’on lui demandait …

Paul McCartney

Paul n’est pas en reste et compose trois de ses plus belles chansons, avec For No One, Here, There and Everywhere et Eleanor Rigby.

Il évoque dans les titres For No One, Here et  There and Everywhere sa relation avec Jane Asher :
Tandis que For No One est tirée d’une dispute … Here, There And Everywhere, aux harmonies vocales inspirées par les Beach Boys, reflète l’amour idéal.

Avec une utilisation unique jusqu’à ce jour d’instruments de musique de chambre, sur une orchestration écrite par George Martin, Eleanor Rigby parle d’une vieille dame solitaire qui travaille dans une église et restera un des chef d’oeuvre de Paul McCartney. Ce dernier écrivit aussi pour Ringo Starr, un des classiques du groupe, Yellow Submarine, qui sera à l’origine du film éponyme et de sa bande-originale associée deux ans plus tard.

George Harrison

George Harrison franchit un nouveau cap dans son parcours de songwriter, en proposant trois compositions plus abouties que les précédentes, incluant le titre qui ouvre l’album, Taxman. Le sitar, déjà entendu dans Norwegian Wood, l’a séduit ; son admiration pour l’Inde, dont il ne se départira plus, devient évidente avec Love You To, composée spécifiquement pour l’instrument indien. Il signe enfin I Want to Tell You, où il exprime sa difficulté de s’exprimer avec des mots.

Techno avant l’heure

Considéré aujourd’hui  comme un moment fondateur de la musique synthétique à base de rythmes et de séquences répétitifs, comme dans l’ambient ou la techno, la base rythmique du titre  »  «  a été réalisé avec des boucles sonores (ce qu’on appelle des samples) préparées par Paul, des bandes mises à l’envers, accélérées, mixées en direct avec plusieurs magnétophones en série actionnés par une dizaine d’ingénieurs du son, envoyant les boucles à la demande vers la table de mixage.

Explication technique : Cinq magnétophones sont réquisitionnés, connectés à la console d’enregistrement. Cinq techniciens sont assignés au contrôle d’une des cinq bandes. Les magnétophones démarrent tous en même temps et, en fonction des instructions des Beatles lancées à haute voix, chaque technicien monte ou baisse le niveau sonore de sa bande au fil de la lecture. Pendant ce temps, le producteur George Martin contrôle l’enregistrement de l’ensemble, assurant un mixage en temps réel et totalement improvisé des cinq boucles.

Ce titre ouvre l’ère du rock psychédélique et peut aussi être considéré comme le titre précurseur de la musique techno.

Pop Art et Grammy Award

Avec cette pochette qui est l’œuvre de Klaus Voormann, ami des Beatles depuis leurs débuts à Hambourg les Fab Four bousculent une nouvelle fois les conventions en proposant la première pochette entièrement Pop Art. Tout comme le titre de Rubber Soul, Revolver est un jeu de mots, se référant à la fois au revolver en tant qu’arme à feu, et au mouvement rotatif (« to revolve » en anglais) des disques lorsqu’ils sont placés sur un électrophone.

Chaque Beatle est dessiné à la main, dans un style inspiré d’Aubrey Beardsley (exposé à Londres en 1966), avec de gauche à droite et de haut en bas, Paul McCartney, John Lennon, Ringo Starr et George Harrison. Les portraits sont séparés par un collage, mélange de vieilles photos et de dessins. Klaus Voormann est d’ailleurs présent en photo sur la droite de la pochette, près de sa signature, il devient donc la première personne extérieure au groupe à figurer sur la pochette d’un de leurs albums. Cette création lui vaut un Grammy Award pour la meilleure pochette d’album en 1966.

Une page se tourne

Une page de l’histoire du groupe se tourne avec cet album innovant.
Dans la continuité de l’Album Rubber Soul, Revolver marque un tournant capital dans le style musical des Beatles et reste un gros succès commercial des deux côtés de l’Atlantique. Avec cet album, les Beatles égalent le record d’Elvis Presley de 7 LP à la première place des hit-parades.

Délaissant leur image de « bons garçons », les Beatles marquent avec cet album le début de l’ère psychédélique.

Leur créativité artistique explose alors et sera confirmée avec l’album suivant, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, en 1967, le chef d’oeuvre ultime des Fab Four souvent cité comme leur plus grande œuvre et l’un des albums les plus influents de tous les temps par les critiques. Cette pierre angulaire de l’histoire de la musique et de la culture populaire de la seconde moitié du xxe siècle, marquera plusieurs générations de fans, mais aussi de musiciens sans oublier nombres d’ingénieurs du son qui se demandent toujours  » Comment ont il fait ?  »

Mais ceci est une autre histoire …

A propos de l'auteur

Thierry Jirkovsky Journaliste Reporter d'Images - Co-fondateur et Rédacteur en Chef de Tv Languedoc

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