Y a-t-il deux France ?

Y a-t-il deux France ?
Notez cet article

Deux France électorales qui s’opposent.

Le face-à-face Macron-Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, dessine le portrait d’une France qui semble coupée en deux. D’un côté, un pays qui envisage la mondialisation avec assurance et optimisme. D’un autre côté, toute une partie de la population qui subit la globalisation marchande comme une menace pour ses emplois et son identité.

La géographie des votes est d’ailleurs assez parlante en elle-même. Les grandes villes votent Macron, tandis que les périphéries (la France périphérique de Christophe Guilly, (la France qui vit au-delà du périphérique (parisien) et au-delà de la banlieue) choisit majoritairement Marine Le Pen.

« Ouverture » contre « fermeture » ?

A cette coupure spatiale s’en rajoute une autre. Cette différence sociologique se diffracte en effet en différence culturelle. Les électeurs de Macron professent une certaine dilection pour la diversité, quand ce n’est pas pour le multiculturalisme, alors que ceux de Le Pen ont davantage souci d’identité et de traditions.

Est-ce à dire que les premiers sont plus universalistes que les seconds ? Cette opposition n’est-elle pas caricaturale ? La mondialisation économique est-elle d’ailleurs solidaire de celle de la culture ? N’est-ce pas un peu risqué que de confier à la technique et au marché le soin de l’universalisme idéologique ? Questions d’autant plus pertinentes que le goût immodéré pour la « diversité » peut vite se retourner en son contraire en laissant carte blanche aux communautarismes. Or, on sait que ces derniers représentent la négation de l’universalisme : dans la pratique chaque « communauté » se repliant alors sur ses mœurs et coutumes.

Attention aux stigmatisations hâtives

La France qui vote Macron est-elle plus « ouverte » que celle qui vote FN ? La majorité des commentateurs politiques s’accordent à le penser. Mais l’ouverture ne finit-elle pas par devenir un slogan facile, assez commode pour anathématiser le camp d’en face ? La France des périphéries et de la ruralité serait-elle plus « fermée » ? Attention aux raccourcis stigmatisants ! Il est facile de juger quand on n’est pas soi-même exposé au rouleau compresseur de la mondialisation marchande, qui met en concurrence non seulement les pays, mais aussi les salariés des différentes nationalités entre eux.

Enfin n’oublions pas que, quel que soit le vainqueur du scrutin, ces deux France devront continuer à vivre ensemble, non pas seulement par nécessité, mais aussi parce que ce qui fait la force de notre pays, mais aussi son charme, son savoir-vivre à nul autre pareil, véritable patrimoine immatériel de l’humanité, consiste précisément en la bonne entente régnant entre ses habitants, au-delà de leurs divergences d’opinion.

Il est à souhaiter que la France reste unie, que les différences idéologiques qui se sont exprimées à l’occasion de cette élection, ne la déchirent pas. Quant à la diversité des convictions politiques, elle est le signe que nous ne sommes pas un pays de clones, et que les Français restent concernés, malgré tout ce qu’on a pu dire sur leur fatalisme, par la chose politique.

Tribune libre 

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

Vous pourriez être intéressé par

Laisser une critique