La campagne présidentielle sous le feu des médias

La campagne présidentielle sous le feu des médias
Notez cet article

La volonté de de Gaulle, en instaurant la cinquième République, était de conférer à la France des instituions stables. Il s’agissait de rompre avec l’instabilité de la quatrième République (28 gouvernements entre 1946 et 1958 !).

La présidentielle, un spectacle inédit et effarant

Mais cette stabilité peut-elle s’accommoder du pouvoir exhorbitant des médias ? La campagne présidentielle que nous vivons actuellement est l’occasion de nous poser la question à ce sujet. Le spectacle inédit auquel elle nous donne d’assister, en nous plongeant dans la perplexité, nous place devant une alternative : sont-ce les médias qui sont manipulés par les politiques, ou bien ces derniers sont-ils les jouets de la société de spectacle que ces mêmes médias orchestrent ? Qui tient l’autre par la barbichette ?

La recherche obsessionnelle de la nouveauté

Les médias vivent sous le régime d’une féroce concurrence. Aussi sont-ils tentés de succomber au « scoupisme », c’est-à-dire à la recherche de la nouveauté à tout prix. C’est à qui annoncera la nouvelle le premier, aura l’exclusivité de la « dernière ». Et comme les hommes politiques sont les premiers « clients » des médias, ils sont devenus les personnalités les plus exposées à cette volonté de débusquer le « scoop ».
La campagne présidentielle étant le moment le plus fort de notre vie politique nationale, rien d’étonnant à ce que la volonté de nouveau se focalise plus que jamais sur cette séquence. « Quoi de neuf ? » : c’est la question que se pose chaque jour le journaliste. Cependant, une telle interrogation est-elle compatible avec le temps de la politique ?
Le nez dans le guidon des news, le soutier des médias voit-il la politique autrement que par le petit bout de la lorgnette des nouvelles du jour ? Sa profession lui permet-elle de prendre du recul ?

Une activité qui ne s’arrête jamais

Autre inconvénient des médias : le métier interdit toute interruption. Comme toute auto-censure d’ailleurs. Le journaliste n’a pas d’autre terrain d’activité que l’immédiateté, avec le risque de tout niveler, de confondre l’accidentel avec l’essentiel. Or la politique ne se joue pas uniquement au jour le jour. Un homme d’Etat est un capitaine qui pilote un navire voguant sur la mer tantôt étale, tantôt déchaînée, de l’histoire. Et dans cette navigation, il n’est pas question de faire escale chaque jour. Pourtant, les médias aimeraient voir le bateau accoster pour chaque 20 heures, en prime time si possible !
Et que dire de la charge de rédiger un éditorial par jour ! Un édito qui souvent se présente comme une leçon de morale. Pour un quotidien, cela correspond à plus de trois cent leçons par an ! Avec le risque que celle du jour ne contredise celle de la veille.

Absence d’une réflexion de fond

Le danger de cette soif de nouveauté consiste aussi à substituer l’émotion à la réflexion. On a pu le constater lors de l’interpellation de François Fillon par Christine Angot. Comme si la présidentielle était un concours de vertu ! Comme si le comportement privé était plus important que le contenu de la politique proposée.
Autre écueil : les chaînes d’info en continu, en privilégiant l’instant (comment pourraient-elles faire autrement ?), courent le risque de mal informer, et de masquer les vrais enjeux d’une élection déterminante.
Dans les médias, une parole chasse l’autre. Certains journalistes prétendent à l’objectivité – une façon pour eux de légitimer leur privilège de disposer d’une parole publique, d’un certain magistère. Mais qui croit encore à l’objectivité ? L’objectivité demande du recul, une mise en perspective. Toute chose qu’interdit le traitement quotidien de l’actualité. Il existe bien des analystes. Mais eux aussi restent prisonniers du fil de l’actu.

Trop impatients !

Au final, un an après l’élection, les déçus risquent de se compter par millions. Le seraient-ils s’ils avaient pris soin de bien écouter ? Agrippés aux médias, ils avaient cru comprendre (et souhaité) que l’élu apporterait du nouveau, alors que c’était le fonctionnement des médias qui le leur vendait pour tel !
Pour les médias, tout doit être nouveau afin de bien être exposé (par eux). Nous sommes devenus trop impatients. Nous ne supportons plus de délais trop longs entre la promesse et sa réalisation. Ils serait injuste d’attribuer cette impatience aux seuls médias. Mais leur temps court nous ont mal habitués.

A propos de l'auteur

Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

Vous pourriez être intéressé par

Laisser une critique