Du rififi à la mairie de St Laurent la Vernède

Un projet de carrière controversé sème l’inquiétude dans une dizaine de villages dans le nord du Gard dont celui de Saint Laurent la Vernède. 

Du rififi en Mairie

Alain Bruguier chef de file des opposants à la carrière Vallabrix Guintoli nous explique en mairie les raison de cette inquiétude, alors que Joseph Guardiola, maire de la commune répondait aux abonnés absents.

Dans la mairie de Saint Laurent la Vernède, petit village de 720 habitants, entre Alès, Uzès et Bagnol sur Cèze, nous aurions pu entendre une mouche voler à l’énoncé des 207 noms d’habitants par un huissier de justice, venu déposer deux recours gracieux. Le but de ces recours étant de contester la révision du Plu rendant constructible 27 hectares des bois pour l’implantation d’une carrière de granulats par le 4 ème groupe de BTP * en France, après Bouygues, Eiffage, et Vinci. (* Bâtiments Travaux Publics)

Les regards étaient graves et les sourires absents à la veille de la fête du village. Soutenu par deux associations d’opposition à un projet de carrière dans le nord du Gard, un huissier de justice a dûment énoncé pendant plus d’une heure au secrétaire de mairie de Saint Laurent la Vernède, les noms, prénoms, dates et lieux de naissance, professions et domiciles de chacun des 207 requérants ayant signé les recours gracieux, cela dans le but de contester la révision du Plu rendant constructible 27 hectares des bois de Saint Laurent la Vernède, pour l’implantation d’une carrière de granulats par la société Guintoli, 4 ème groupe français de Bâtiments Travaux Publics, après Bouygues, Eiffage, et Vinci.

13 carrières existantes dans un rayon de 30 km

Alors que le premier adjoint au maire de St Laurent la Vernède tente d’expliquer devant nos caméras le bien fondé du projet de cette carrière pour la commune devant nos consoeurs de France 3, se basant sur des expertises montrant que la future carrière contribuerait à apporter une réponse de proximité aux besoins en granulats et blocs d’enrochement dans le nord du Gard, Alain Bruguier, chef de file des opposants à la carrière nous précise qu’il existe déjà plus de 13 carrières locales dans un rayon de 30 km pour le même type de produit.

Alain Bruguier explique, devant nos caméras et celles de France 3, en présence de Lénaëlle Simon, consoeur journaliste du Midi-Libre, que le critère économique ne tient pas vraiment la route, car devant de telles argumentations de fausses promesses d’emploi, il serait question plutôt de mainmise et d’absorption des carrières existantes avec certaines conséquences dramatiques pour les emplois en cours, soit une dizaine de promesse d’emplois contre 200 emplois existants.

Avec des autorisations prorogées jusqu’en 2028 pour certaines carrières, ces dernières n’exploitent pas entièrement leurs ressources actuelles.
Ces treize carrières (b) enregistrent une baisse significative de leur activité depuis plusieurs années consécutives. De plus, les autorisations relatives aux capacités d’extraction sont valides pour de nombreuses années (c) et, au besoin, susceptibles d’être renouvelées sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir de nouveaux sites.

Déchets dangereux : De plus précise Alain Bruguier, personne ne parle du projet d’enfouissement de déchets dangereux par la suite dans la carrière, alors que le lieu d’extraction est situé sur du calcaire, pouvant mettre à mal les nappes phréatiques déjà déficitaires en été les rendant ainsi impropre à la consommation.

Climat et ambiance pesante en Uzège.

Lors de notre dernier reportage, il est clair que le climat délétère que nous avions senti lors de nos précédents reportages, perdure et s’amplifie dans les rues et les commerces des villages concernés.

Deux tiers du village contre ce projet et un maire absent
Bien que nous posions la question clairement en demandant d’expliquer la position de la mairie concernant l’opposition à ce projet de carrière par les 2/3 (a) des habitants du village, André Génibrel, premier adjoint au maire, nous répond qu’il n’est pas au courant.  Averti la veille par un fax du cabinet de l’avocat Me Alexandre Coque, précisant que le jeudi 8 août, un huissier de justice allait venir déposer deux recours gracieux à la mairie, Joseph Guardiola, maire de Saint Laurent la Vernède, répondait aux abonnés absents, laissant du coup son premier adjoint répondre aux questions des journalistes de France 3, de Midi-Libre et de TV Languedoc.

Besoin d’argent

Alors que la commune de Saint Laurent la Vernède n’est pas endettée, le besoin de faire entrer de l’argent dans les caisses de la commune est omniprésent.

Notre consoeur de France 3 demandant à quoi servirait cet argent ? Le premier projet de la mairie serait d’avoir une gendarmerie rétorque le premier adjoint (alors qu’il en existe une dans le hameau d’Audabiac, Commune de Lussan, à 6 km de Saint-Laurent sur la route reliant Alès à Bagnols sur Cèze visible, au nouveau rond point de la zone artisanale). Le second serait d’avoir une maison de retraite dans le village. (A 6 km de Saint-Laurent, il existe déjà une maison de retraite à Saint Quentin la Poterie.). Peut être est-ce un nouveau moyen, plus rapide de faire passer de vie à trépas les futurs retraités en leur causant des frayeurs par des explosions de tirs de mines et renouveler ainsi un flux de nouveaux pensionnaires pour cette future maison de retraite.

Ne pouvant répondre sur d’éventuels problèmes de pollution, de manque d’eau, de respect de la qualité de vie des habitants qu’engendreraient ce projet de carrière, la seule réponse que connaissait le premier adjoint est que le conseil municipal n’a pas l’intention de faire marche arrière sur ce projet.

Bail signé

Et pour cause, la mairie a signé une promesse de bail, mais un bail emphytéotique et est depuis coincée par cette promesse de bail. Car une promesse de bail emphytéotique prévaut et vaut bail, comme le précise Alain Bruguier. Même si la mairie voulait revenir en arrière, les avocats de la société Guintoli auraient la part belle en attaquant la mairie, leur occasionnant du coup des dépenses inattendues pour rupture de contrat, obtenant l’effet contraire, plus de dépenses que d’entrées d’argent dans les caisses de la commune. Un sacré casse tête facile à comprendre mais où la réputation et l’orgueil mal placé risque de coûter (très) cher aux habitants de ce village gardois.

Corridor écologique

Si la question d’un corridor écologique a bien sur été soulevée par certains à la mairie concernant la nidification d’une espèce d’oiseaux bien particulière, en l’occurence … le balbuzar cendré, aucun expert local n’a été consulté, ni le Cogard (Centre ornithologique du Gard). Curieusement sur cette question ornithologique, les prospections ornithologiques ont été réalisées le 10 mai, soit à une période trop tardive pour évaluer correctement les nidifications.

De plus, aucune recherche n’a été réalisée pour les espèces d’oiseaux nocturnes, comme pour les batraciens de nuit alors que les recherches concernant ces mêmes espèces de jour n’ont consisté qu’en deux visites sur le terrain. Si cette zone concernée par la carrière disparait, cela aura un impact direct sur l’habitat des animaux, car cette zone est vitale à l’avifaune (les oiseaux), l’herpétofaune (reptiles, amphibiens, grenouilles etc) et l’entomofaune (les insectes). Autrement dit … toute trace de faune locale diminuera d’année en année, voir disparaitra à brève échéance.
Avec des chasseurs privés de gibier, dans quelques années, inutile de dire que le défrichement de ce corridor écologique, avec des explosions de tirs de mine tous les 10 jours, risquent de faire fuir tous les animaux présents … Ces chasseurs pourront bientôt rendre leurs cartes à la fédération de chasse du Gard, car le gibier risque de devenir très rare près de chez eux.

Elections municipales

Mars 2014 approchant, les prochaines élections municipales risquent d’être chaudes aux dires de l’avocat du collectif Maître Alexandre Coque, car, une des solutions les plus rapides pour fermer ce dossier serait un changement d’équipe avec un nouveau maire. Il est clair que pour un grand nombre d’habitants, voir perdre la valeur de leurs maisons, de leurs terrains sans parler des chasseurs mécontents, suite à la future présence de cette carrière fera pencher la balance électorale vers la future liste d’opposition qui est en train de se mettre en place, ce qui n’est plus vraiment un secret, tellement cela transpire entre les mots.

Nous pouvons même écrire que la campagne électorale de Saint Laurent la Vernède a été lancée devant les caméras de Tv Languedoc, montrant certains sourires sur des visages qui en disent long.

Affaire à suivre …

– –

(a) Précision sur les chiffres des requérants.

2/3 du village contre le projet de carrière Guintoli. Sur 520 habitants adultes majeurs, ayant le droit de se prononcer, 341 personnes ont signé la pétition contre le projet de carrière, soit 2/3 du village de Saint Laurent contre le projet de cette carrière.  Le premier adjoint n’est pas au courant.
Si on additionne les 200 enfants du village (qui n’ont pas le droit de signer une pétition) et les 520 adultes résidants, (200 + 520), on obtient le nombre officiel d’habitants à Saint Laurent la Vernède qui est de 720. Soit 341 personnes sur 520 = 2/3 du village contre le projet de carrière. Cela effectivement reste simple à démontrer comme le précise Alain Bruguier.

(b) (c) Listes des carrières existantes dans un rayon de 30 km autour de St Laurent. (avec la date de validité d’autorisations relatives aux capacités d’extraction)

Barjac (2024)
Connaux (2020),
Pouzilhac (deux, 2017 et 2024),
La Calmette (2013),
La Rouviére (2017)
Saint-Alexandre (2024),
Saint-Etienne des Sorts (2028),
Saint Génies de Comolas (2024),
Sauveterre (2026),
Valliguières (2019),
Vallérargues (2032),
Verfeuil (2035),

Vallabrix, La Bastide d’Engras, Uzès et St Laurent
Il existe également une autre carrière proche de ces villages qui ne fait pas partie de cette liste, mais qui cause des soucis pour les maires des communes concernées, la carrière de Vallabrix.
Située à 3,8 km de la Bastide d’Engras, la carrière de Vallabrix offre un paysage désastreux d’une montagne rognée, dont Uzès et les habitants des villages alentours subissent déjà depuis 15 ans, (voir notre reportage … du rififi en préfecture) les affres routiers des camions (qui roulant trop vite et abimant les routes) alimente en sable une société d’une eau pétillante gardoise bien connue pour la fabrication de ses bouteilles près de Vergèze.

Si le projet d’implantation de la carrière Guintoli voit le jour … le village de La Bastide d’Engras village classé, sera situé entre deux carrières …  La législation sur les sites classés ne serait donc plus respectée au profit de sociétés privées.

Le monastère de Solan qui se trouve à proximité de cette carrière se trouvera également aux premières loges de cette carrière.
Nul doute qu’il y aura encore du rififi en Uzège pendant quelques mois …

A propos de l'auteur

Thierry Jirkovsky Journaliste Reporter d'Images - Rédacteur en Chef

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