Père Emmanuel et Notre Dame de Paris

Père Emmanuel et Notre Dame de Paris
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Au-delà des poncifs dont les médias nous abreuvent et de l’émoi mondial suscité par ce choc, simple est de constater le simple discours transcendantale du Chanoine de l’Elysée, Père Emmanuel sortant de son prieuré et qui, à défaut de monter en grâce depuis 5 mois, monte en chaire pour sortir son homélie liturgique pour tirer sur le fil de l’union nationale.

« Cette cathédrale, nous la rebâtirons. »

« Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai. » est-il écrit dans l’Evangile de Saint-Jean.

« Cinq ans » a annoncé le Président de la République Emmanuel Macron ! Soit en l’an de grâce 2024 pour distribuer tel le sauveur, l’onction des malades pour la remise en état rapide d’un des fleurons de notre patrimoine, afin d’accueillir dans la capitale des français, les Jeux Olympiques, Père Emmanuel se voyant toujours en place sur son Saint Siège pendant une seconde mandature à l’ouverture de ces jeux mondiaux. Mais inutile de préciser qu’avant 2024, d’autres élections se profilent à l’horizon.

Notre Dame : instrumentalisation politique de l’incendie

De toutes ces images impressionnantes du brasier de Notre Dame, il s’avère finalement que c’était du pain béni pour tous les médias pour un business de l’émotion, business dans lequel les chaines télévisuelles, les commentateurs se sont engouffrés, mais également le président de la république Emmanuel Macron.

Les images d’une tour en feu qui finit de s’écrouler devant une caméra, cela rappelle des choses absolument traumatiques et extrêmement anxiogènes qui a force décuple l’émotion. On utilise cette émotion à des fins de création d’une grande unité nationale, de consensus. Une certaine logique puisque à la base ces cathédrales sont destinées à créer une forme d’unité de la société chrétienne au Moyen-Age.

Et Notre Dame précisément, est construite à partir du XII ème siècle, construite à l’instigation de la royauté française, à l’hyper centre du pouvoir royal français par Louis VII, à un moment où justement cette royauté Capétienne prend une nouvelle dimension, une puissance tout à fait inédite.

Finalement, c’est le corollaire et en même temps l’instrument de cette puissance que construire ce magnifique édifice à partir des années 1160.

Notre Dame : symbole de l’unité nationale.

On a peut être oublié que Notre Dame est un symbole particulièrement important de l’unité nationale. c’est dans cette cathédrale que l’on a chanté le magnificat à la libération de Paris en 1944 par exemple.

C’est en son sein également que les chefs d’Etats traditionnellement sont enterrés en grandes pompes comme pour la dernière fois, François Mitterand. Tout d’un coup, ça redevient un instrument de création d’unité nationale.

Plusieurs commentateurs télévisuels ont expliqué que face à un tel deuil national, il fallait que les protestations s’arrêtent et il fallait sous entendu que toute la nation soit unie derrière le président Macron. On sent que dans cette période tourmentée au plan social, il y a un intérêt très direct à créer l’unité nationale derrière l’évènement.

Notre Dame, un instrument de pouvoir

Cette instrumentalisation quasi immédiate finalement à des fins directement politiques, on peut la confronter aussi avec la façon particulièrement cynique dont la famille Arnault, dont LVMH qui n’a pas bonne presse en ce moment en relation avec les mouvements sociaux et politiques que l’on connait, se sont précipités en disant, nous allons bien sur faire des donations, et de donner 200 millions d’Euros.

Sur cette déclaration, un autre grand groupe rival traditionnellement de Bernard Arnault, celui de Bernard Pinault qui annonce à son tour de donner pour cette restauration d’une façon tout à fait paternaliste, en ne disant pas bien entendu que ces sommes vont être très largement défiscalisées sans aucun doute à 66%, ce qui démontre que ce sera un manque à gagner pour l’Etat et la collectivité.

On aimerait bien qu’il  y ait autant de générosité pour les services publics, pour l’hôpital. Du coup on peut être un peu surpris ou disons pas dupes en tout cas de l’empressement de la part de ces grandes familles, qui par ailleurs, on le sait bien sont au cœur du processus de détournement de la richesse collective.

Nous avons besoin de religion ! 

Rappelez vous que le président Macron a laissé échapper un fois  » nous avons besoin de religion  » disait il. Il n’a pas dit exactement pourquoi, mais on comprend bien que c’est pour le maintien de l’ordre, pour le maintien d’un ordre néo-libéral. C’est pourquoi nous avons une très belle illustration ces jours ci avec cette affaire de Notre Dame

Monuments : Moins de 10 % du budget de la culture

D’abord avec les chiffres clés du document PLF Culture 2018, publié par le gouvernement, on peut comprendre que le budget national dédié à la restauration des monuments historiques est de 900 millions d’€uros pour l’année 2018 sur un budget du ministère de la culture de 10 milliards d’€uros, soit un peu moins de 10% pour nos monuments.

Les dons affluent pour la reconstruction de Notre Dame

A savoir que les fonds récoltés s’élevaient déjà à 600 millions d’€uros en moins de 24 heures soit les deux-tiers du budget national … atteignant 48 h après le début de l’incendie, la barre astronomique du milliard d’€uros avec les dons les plus importants provenant des plus gros groupes financiers bénéficiant du coup d’un régime fiscal très favorable

Citons parmi les plus importants: 200 millions d’€uros de la part du groupe LVMH pour la famille Arnault, (première fortune d’Europe), 200 millions d’€uros pour l’Oréal et de la famille Bettencourt, 100 millions d’€uros pour l’entreprise Total, 10 millions d’€uros de la part de Marc Ladreit de Lacharrière (Fimalac) et 10 millions d’€uros de la famille Bouygues. De son côté, la famille Pinault (via sa holding Artémis) a déclaré donner 100 millions d’€uros tout en renonçant à la déduction fiscale afférente.

Une manière de remercier leur ami banquier à la tête du pays, mais avant tout de défiscaliser.

Cinq ans juste pour les besoins en pierre de construction

Concernant les futurs travaux de pierre, et d’après les calculs de Gilbert Margueritte, (membre d’une association pour les métiers de la pierre), en intégrant la chute des trois voûtes (transept nord, transept sud et croisée des transepts) cela représente au premier calcul, une surface de 650 m2 à rebâtir. Et d’appliquer sur cette surface (en rouge), un coefficient de majoration liée à la géométrie des voûtes de 50 %. Ce qui donne une surface approximativement de 1000 m2.

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La reconstruction du toit de Notre Dame passe tout d’abord par la réfection des voutes en pierre.

Les voûtes faisant en général 30 cm d’épaisseur si nous comptons 50 cm nous avons un volume de pierre de 500 m3 (incluant les arcs diagonaux). Le volume d’extraction des carrières du bassin Parisien est d’environ 10 000 m3/an soit 20 fois le volume nécessaire. Donc pas d’inquiétude sur le point en pierre, cela représente entre 3 à 5 années de chantier suivant l’effectif retenu pour les travaux.

La voute écroulée de notre dame, avant l'incendie
La voute écroulée de notre dame, avant l’incendie

Cependant certaines pierres devront probablement être changées, d’autres nettoyées car noircies par les flammes ce qui risque d’alourdir l’estimation pré-citée. Et vous l’aurez compris, avant de poser une charpente et un toit, il faut d’abord bâtir et réparer. Donc l’estimation donnée par le président de la République de reconstruire en cinq ans n’est qu’un message de communication, histoire de tenter de rassembler les fidèles derrière lui et de ne pas se prononcer sur le message qu’il se devait d’annoncer au peuple français suite à ces nombreux allocutions du grand débat.

Notre Dame : Risques importants d’effondrements

Grosses incertitudes toutefois sur la structure même de la cathédrale qui risque de devenir instable, car une fois que tout va sécher, personne ne peut dire comment les joints des clés de voûte vont travailler. L’eau pour éteindre l’incendie fait également beaucoup de ravages sur cette cathédrale qui a été percée à trois endroits, fragilisant du coup sa structure initiale.

Il faudra pour cela apporter dans la capitale, de nombreuses pierres et quantités de matériaux par moyens routiers et également fluviaux sur les quais de grèves et alentours, ce qui promet de magnifiques ralentissements intra-muros et bouchons aux alentours de l’île de la Cité.

Un bilan carbone parisien qui risque de s’aggraver

Alors que Paris par la voix de Mme Hidalgo, s’est fixé l’objectif d’une ville zéro véhicule diesel en 2024 et zéro véhicule essence en 2030 dans le cadre de son nouveau Plan climat, on peut se poser la question sur le prochain bilan carbone de ces prochaines années, car déjà avec des pompiers bloqués pendant 20 mn pour arriver sur les lieux du sinistre, au vu des travaux actuels, on peut se poser la question de la fluidité du traffic parisien pour les cinq prochaines années et du niveau de pollution que cela va engendrer.

Peut être est ce le moment de réouvrir à la circulation les voies sur berges, car l’argent versé à Paris Plage, ce projet de détente bourgeois-bohème au bord de la seine et qui coûte cher, ferait bien d’être remisé dans les cartons en vue des futurs économies que la ville de Paris devrait faire sur ce patrimoine intra-muros qui se dégrade aux fil des ans avec la pollution, à l’instar de quelques bobos parisiens qui tentent de bronzer sous les nuages de monoxyde d’azote, dioxyde de soufre, et autre monoxyde de carbone omniprésents dans la capitale. Un message d’espoir pour Anne Hidalgo qui désirent voir la fin des voitures dans la capitale.

Estimation des dégâts, délai de restauration

Certes, à la vue de ces chiffres pour la reconstruction, nous sommes loin des dizaines d’années annoncées partout dès le début de l’incendie dans les mass médias. «  Il faut se donner un délai court, non pas dix ans quinze ans, mais trois ans » pour restaurer et reconstruire la cathédrale de Notre-Dame de Paris, jugeait ce mardi l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, alors que Jean-Frédérick Grevet, l’architecte du patrimoine, miserait plutôt sur une vingtaine d’années. Cherchez l’erreur !

Bataille des chiffres sur la reconstruction de ND

On parle beaucoup de la charpente vieille de 800 ans … surnommée la Forêt. mais les pierres sont la base de tout édifice. «Il faudra faire appel à beaucoup de corps de métiers spécialisés, comme des sculpteurs ou des architectes spécialistes » estimait notamment Grégory Teillet, spécialiste de l’architecture médiévale et chargé du mécénat au ministère de la Culture qui ajoute « On reconstruit désormais en tenant compte des transformations ultérieures, pas uniquement sur la base du projet originel. »

Il est bon de rappeler sur la longévité des travaux que ceux de la cathédrale de Nantes, ravagée par un incendie en 1972, se sont achevés en 1985, soit treize ans plus tard.

La cathédrale de Reims ayant été détruite lors de la Première Guerre mondiale, l’architecte Henri Deneux avait fait le choix de ne pas reconstituer une charpente en bois et d’innover avec une charpente en béton.
D’ou la grosse question qui subsiste pour Notre Dame, une reconstruction à l’identique ou innovation pour ne pas trop charger une structure fragilisée par l’incendie. La décision reviendra de toute façons aux spécialistes des monuments historiques et non pas à des ministres manifestement incultes en matière de construction.

Rappelons que la cathédrale Notre Dame de Paris a été entièrement numérisée par des moyens informatiques modernes par Andrew Tallon qui avait réalisé en 2013 des scans ultra-précis de la cathédrale de Paris, sous tous les angles. Donc , rien n’est  » perdu  » sur la possibilité de reconstruire à l’identique, encore faut il que les décideurs choisissent cette option.

Remise en état virginal de Notre Dame

Cependant, ces tailleurs de pierre ne possèdent pas de logiciel de calcul de structure adapté au matériau qu’est la pierre.

Bientôt les chantres du béton vont se manifester pour satisfaire normes et contraintes de calculs dont notre métier a fait l’impasse faute de moyen et de sa relégation dans le cadre de la restauration du patrimoine, on peut se poser quelques questions sur la remise en état virginale de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ne serait-ce que de se coller à la restauration d’Eugène Viollet-Le-Duc au 19 ème siècle.

Est-ce peut-être l’occasion de remettre les pendules à l’heure et d’engager la matière grise nécessaire pour la mise au point d’un tel logiciel (l’université de Montpellier à travers son laboratoire est en pointe sur ce sujet).

Posons nous la question sur l’enseignement dans les écoles d’architecture ? … à savoir quelles places pour les matériaux que sont la pierre qu’elle soit tendre ou dure, voire froide ?  Que penser du nombre d’architectes formés (1200/an) en rapport avec le nombre de tailleur de pierre qualifié (CAP + 5ans) ( 10/an).

Une constatation est réelle, le sabordage des métiers entrepris depuis les années 1930 arrive à sa fin faute de combattants. Un sabordage entrepris par l’exécutif et ses énarques durant des décennies qui rappelons le … est le propriétaire de Notre Dame et qui demande à ses concitoyens de mettre la main à la poche, sans pour autant montrer l’exemple avec nos deniers si mal dépensés.

Aucun engagement directe de la part de l’état demandant toujours plus et encore plus au peuple français blême devant la catastrophe et exsangue suite aux nombreuses dîmes et gabelles imposées sur le bas couche du peuple, la plèbe jaune qui manifeste son mécontentement depuis plus de cinq mois sur l’injustice fiscale et sociale qui sévit en France et qui se met en ordre de bataille pour les prochaines élections européennes afin de bouter le monarque du château hors de son trône.

Et de préciser que depuis 1862 l’édifice est classé aux monuments historiques et n’est « pas spécifiquement assuré« . La cathédrale appartient à l’Etat et c’est donc à ce dernier que revient la responsabilité des réparations, suivant « le principe de l’auto-assurance de l’Etat ».

« L’administration a ainsi « la responsabilité de son entretien mais la ville s’est associée à l’Etat », a expliqué la maire de Paris, Anne Hidalgo, mardi sur France Inter.  » Il y a eu en 2015 une convention signée avec l’Etat, la ville et le diocèse de Notre-Dame pour justement lancer tous ces travaux de rénovation », a-t-elle ajouté. Car effectivement Notre Dame commençait à tomber en ruine car la rénovation laissait a désirer depuis plusieurs années.

L’administration va donc devoir « puiser dans les deniers publics » pour redonner à Notre-Dame son ancienne silhouette.

Résilience et résignation

Ce drame met en évidence la résilience du matériau de prédilection qu’est la pierre. N’oublions jamais que la transmission des métiers et des savoirs-faire est plus importante que la disparition inéluctable des bois et des pierres, car comme le dit si bien Père Emmanuel, nous sommes un peuple de bâtisseurs.

Encore faudrait il que le clergé national de l’administration républicaine donne aux apôtres du savoir, nos simples professeurs et enseignants dans les écoles républicaines les moyens d’apprendre correctement que l’on soit pauvre ou riche, que l’on habite une ville ou un village, afin de pérenniser le savoir.

Aux vues des différentes réformes de l’éducation nationale instaurées par des ministres sans vision à long terme, d’une constante restriction de budget et du niveau de nos enfants illettrés entrant en secondaire, on peut se poser quelques questions sur cette transmission du savoir.

Monuments : des incendies de plus en plus fréquents

Une chose reste évidente. Les trente mille visiteurs qui se pressent habituellement chaque jour sur le parvis de Notre-Dame devront patienter plusieurs années avant de pouvoir entrer dans ce symbole de l’histoire de France. et se dirigeront à coup sur vers le joyau du gothique rayonnant, la Sainte Chapelle et ces 1113 vitraux unique au monde. Qu’en est il de la protection de celle ci et de son système d’incendie ?

Des cathédrales et des églises romanes et gothiques qui furent le symbole de notre civilisation chrétienne, qui depuis quelques années subissent des attaques ou disparaissent dans les flammes, comme le furent également les églises Saint-Sulpice à Paris en mars 2019 (origine criminelle), cathédrale Saint-Alain de Lavaur (Tarn) en février 2019 (origine criminelle), Saint-Jacques à Grenoble en janvier 2019 (piste accidentelle privilégiée mais revendication d’un groupe anarchiste), Saint-Jean-du-Bruel en octobre 2018 (origine criminelle), Villeneuve d’Amont en août 2018 (origine non déterminée, enquête en cours), Sainte-Thérèse à Rennes en juillet 2018 (enquête en cours), église Saint-Paul de Bas Caraquet en juin 2018 (enquête en cours), Notre-Dame des Grâces à Revel en juin 2018 (origine criminelle, suspect arrêté), cathédrale d’Auxerre en mars 2016, etc

Curieux quand même tous ces incendies depuis quelques années …

Elections

Et de préciser que d’autres élections auront lieu d’ici 2024 avec tout d’abord, les européennes ce 26 mai prochain, les municipales en 2020, les départementales et les régionales en 2021 et en point de mire, les législatives et la présidentielle en 2022.

A propos de l'auteur

Thierry Jirkovsky Journaliste Reporter d'Images - Rédacteur en Chef de Tv Languedoc

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