Peux t-on faire confiance au Crowdfunding ?

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Crowdfunding … un financement risqué ?

Cours t-on un risque à miser sur un projet en Crowdfunding et peut on vraiment faire confiance à une de ces plateformes en ligne?

5 000 euros en 20 minutes

Tout dépend de la somme et surtout ce que l’on attend en retour de cette mise de fond … Cela me rappelle cette soirée lors d’un de nos reportages vidéos, quand j’ai posé mes jetons sur la roulette anglaise du casino du Grau du Roi. Je savais que je risquais de perdre ma mise, peut être de gagner mais surtout de tout perdre, tout en sachant que je risquais toutefois de doubler, voir de tripler mes gains, voir plus comme le montre notre reportage d’une personne assise à coté de moi, gagnant plus de 5 000 euros en 20 mn. C’est une question de probabilité et aussi de chance.

Seulement au Casino, les règles sont précises et existantes. Dans le Crowdfunding (financement participatif en français) … pas vraiment sur que tout soit bien clair, et encore moins pour celui qui mise son argent pour la première fois. Encore faut il connaitre les us et coutumes de ce E-monde économique.

Prudence est mère de sureté

Le pire exemple frappant que l’on peut citer est lorsqu’un co-fondateur et CEO d’un société quitte son poste et que cette dite société se trouve placée en liquidation judiciaire, ne laissant que très peu d’espoir aux participants de la campagne de crowdfunding de se voir remboursés au moins de leurs mises initiales. C’est exactement ce qui est arrivé pour le crowdfunding d’un micro-drone répondant au nom de Zano, drone qui pouvait faire office de compagnon comme un coach sportif en suivant partout son propriétaire, prenant des vues aériennes lors de ses activités en extérieur.

Zano le micro drone via un Crowdfunding pourri
Zano … le micro drone

L’idée paraissait tellement excellente que la startup à l’origine de sa conception, Torquing Group avait généré un record de plus de 3 millions d’euros sur la plate-forme de financement participatif Kickstarter … sauf que Torquing Group n’a jamais été en mesure de livrer les drones promis, et a annoncé son placement en liquidation, surement à cause du départ de son cofondateur et CEO, Ivan Reedman, pour raisons de santé et désaccords irréconciables.

Les micro-drones devaient commencer à être livré à partir de juillet 2015, mais seuls 600 micro-drones Zano ont été livrés sur les 15 000 unités prévues. Du coup, plus de 12 000 contributeurs sont restés sur leur faim, comme le décrit si bien la magazine The Verge. Cette histoire de financement participatif qui a fait choux blanc sur cette technologie avant gardiste a même fait la une de la BBC, tellement le scandale est énorme.

Depuis de nombreuses vidéos parodient l’histoire de Zano et les commentaires ne manquent pas, pour exprimer le mécontentement et la perte financière des investisseurs.

 

9 % des campagnes Kickstarter n’aboutissent jamais

De ce fait, cela montre l’échec et la fragilité du financement participatif, car la plateforme Kickstarter, une des plus populaires dans ce domaine de financement participatif, a expliqué ne rien pouvoir faire. A savoir que 9 % des campagnes financées par Kickstarter n’aboutissent jamais à l’obtention d’un produit pour les investisseurs. Ce qui est énorme. (Pour faire un parallèle, la plateforme concurrente Ulule, le chiffre de projet ne voyant pas le jour est de 1 pour 1 000)

Crowdfunding … une arnaque au final ?

Avec le crowdfunding, même quand on ne se fait pas arnaquer, on (peut) se fait arnaquer … tel est le sentiment des aficionados du genre … Le financement participatif  permet de financer la R&D, (recherche et développement) précisément la ou l’industrie traditionnelle est trop frileuse, c’est à dire presque partout.

Comment peut on investir en 2016 sans avoir aucune part au projet/entreprise?

La récompense n’est pas toujours à la hauteur de la mise, en rapport avec le risque. Et au final le système de financement participatif ne profite pas aux véritables fundeurs, mais au financement traditionnel qui récupère le projet une fois qu’il est lancé quand la prise de risque est écartée. Avec pour eux un intéressement énorme et un risque maitrisé tandis que les financiers d’origine, les crowdfunders ne touchent pas un kopeck.

Un autre exemple flagrant d’arnaque avec Facebook et Oculus

Rappelez vous également le projet Oculus Rift (société qui réalise le casque de simulation de réalité virtuelle), ou au final les crowdfunders n’ont fait que de financer la R&D de Facebook, sans le savoir, et en échange de rien.  Plus de 9500 « financiers participatifs » ont injecté quelque 2,4 millions de dollars dans la plate-forme Kickstarter (soit 10 fois le montant attendu par les créateurs) pour faire grandir la jeune pousse, dont le premier prototype a été dévoilé au public en 2014. Mais finalement, aucun d’entre eux ne bénéficiera de l’accord avec Facebook, qui a acheté la société pour 2 milliards de dollars.

A en croire les estimations d’une plateforme de crowdfunding concurrente, Seedrs, 300 dollars versés dans les premiers jours d’Oculus Rift auraient pu valoir 20.000 dollars… si seulement cet investissement avait été synonyme d’une rétribution en parts du capital de la société.

Que penser d’un projet, qui n’aurait jamais pu voir le jour sans la participation financière d’individus lambda, projet qui se retrouve vendu plusieurs milliards de dollars au leader des réseaux sociaux, Facebook ? Si certains se réjouissent d’un tel succès et sont fiers d’avoir contribué à la réussite de cette jeune entreprise et à la réalisation du projet en participant financièrement pensant aider une start-up a garder son indépendance, d’autres se sentent trahis, trompés et d’avoir le sentiment d’avoir été vendus en même temps que l’Oculus Rift, racheté par un géant du Web.

Commentaires acerbes sur la plateforme Kickstarter

Dans les commentaires laissés sur Kickstarter, on comprend que les ces derniers ont conscience de leur importance quant à la création du projet. Sans eux l’Oculus Rift n’aurait sans doute jamais vu le jour, les investisseurs le savent, c’est pourquoi certains n’hésitent pas à s’approprier la firme :

« Je n’aurais pas donné un seul centime pour l’Oculus si j’avais su que vous alliez le vendre à Facebook. Vous nous avez tous vendu ! J’espère que ça va se retourner contre vous ! » écrit un investisseur.

« Merci de nous vendre, Palmer ! Vous n’auriez pas pu choisir pire entreprise. Pourquoi ne pas aussi faire équipe avec la NSA… Malheureusement, j’ai soutenu cette entreprise. Je ne referai pas la même erreur » écrit un autre internaute en s’adressant directement à Palmer Luckey, fondateur d’Oculus VR.

Les investisseurs ont le sentiment d’avoir été bernés, manipulé, utilisé à des fins qui ne leur plaisent pas.

« A quoi a servi Kickstarter si c’était pour que vous nous vendiez à une énorme entreprise comme Facebook ? C’est très décevant » ajoute un autre investisseur.

Si ce système de financement participatif a su se faire une notoriété dans le monde économique de notre société avec pour certains, une fulgurante croissance, il atteint le plafond du désenchantement pour beaucoup de gens et la méfiance dans le monde des investisseurs. Facebook, l’entreprise tentaculaire du web a la manie de racheter tous les systèmes et applications à succès : Whattsapp pour 16 milliards de dollars ou encore Instagram pour 1 milliard de dollars… Seul Snapchat a su résister au début aux propositions toujours plus alléchantes du géant du Web qui offrait 1 puis 3 milliards de dollars … sans succès. Ce n’est pas sans la persévérance de Mark Zuckerberg à la tête de Facebook qui a ensuite acquis WhatsApp pour 22 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros) … et là on comprend le montant des sommes qui transitent … surtout quand vous êtes un crowdfunder !

Comment changer la donne ?

Il faudrait qu’il y est de prime abord, un intéressement aux résultats, et une indemnité en cas de rachat, comme pour n’importe quel autre système de financement. Un crowdfunder devrait posséder 0,000X % de l’entreprise en rapport avec sa mise initiale, avec un système simplifié. Ainsi pour ce projet Oculus, par exemple, les fondeurs auraient touché une (modeste) manne sonnante et trébuchante, quand Facebook rachetait l’entreprise dans laquelle ils avaient investi. Ce qui finalement serait un juste retour des choses. Le financement participatif est avant tout une affaire de passionnés, mais ça ne veut pas dire pour autant, que cela doit être une affaire de gros pigeons tout juste bon à amener l’oseille.

Pourquoi financer un projet ?

Les financements participatifs n’en sont pas en réalité … pour la quasi-totalité. Ce sont des  » bêtes et vulgaires achats « ( avec en retour un éventuel accès anticipé à une pré-mis en ligne, phase béta, ou donation de Teeshirts etc …), ou même pire juste de simples dons. Le véritable Crowdfunding devrait être un investissement, pas un don fait à une future entreprise avide de vos sous. L’effet pervers est que désormais le financement participatif devient systématique, là ou le financement traditionnel aurait du normalement fonctionné. On ne parlera même pas de la frilosité des banques françaises complètement  » out of order « , quand il s’agit de financer une prise de risque pour une création d’entreprise ou d’un futur projet.

Typologie des plateformes

Pour comprendre le crowdfunding… il faut savoir tout d’abord ou l’on pose ses billes, car il existe quatre plateformes de financement participatif.

Plateforme de dons => Le contributeur apporte un soutien financier au projet sans recevoir de contrepartie.

Plateformes avec contrepartie en nature (reward based) => En échange de son soutien financier l’internaute reçoit une contrepartie en nature . Par exemple, dans le cas d’un film il peut recevoir un DVD ou une invitation à l’avant-première. Le porteur de projet conserve toute sa propriété intellectuelle.

Plateforme de prêt => Un prêt est accordé par les contributeurs-internautes à un individu ou à une organisation

Plateforme d’investissement direct => Les contributeurs-internautes investissent directement dans le capital d’une entreprise. Le contributeur « investisseur » acquiert une participation dans le projet ou devient co-producteur et a le droit en échange à des contreparties financières en cas de succès commercial du projet.

Taux de succès des Crowdfundings …

Quelques chiffres sur les trois sites de financement participatif qui tiennent le haut du pavé

Kickstarter : 43 % pour 50.236 projets réussis sur 118 508 lancements (stats)
(dont 14 % des campagnes terminées sans recevoir un seul engagement)

Kisskissbankbank : 58 % de collectes réussies sur 6607 projets lancés en 2015 (stats)

Ulule : 66% de succès en 2015 pour 4 147 projets présentés (stats)

Arnaque ou pas ?

Le risque d’arnaque et de fraude est bel et bien présent et ce peu importe le type ou le montant du financement. Chaque plateforme indique ce qu’elle veut bien montrer … et pas facile de savoir quelle est la plateforme la plus juste et honnête (voir respectueuse) pour lancer votre prochain projet. Ces histoires vont sans doute en faire réfléchir , voir fléchir plus d’un sur la question d’une mise à risque sur un crowdfunding.

Bref … quitte à donner, donnez plutôt à une association caritative … ou alors épluchez scrupuleusement les CGU de votre investissement participatif, si vous espérez quelque chose en retour. Vérifiez bien les numéros de siren, comme le siret d’inscription au RCS de la société gérant le site, ou passez par des plateformes spécialisées agrées par l’Autorité de contrôle prudentiel de régulation … il s’agit quand même de votre argent.

Prudence … mère de sureté

Alors, entre Ulule, KissKissBankBank, Kickstarter, Seedrs ou encore My Major Company, on ne vous le répètera jamais assez, soyez prudent quand vous investissez … choisissez la bonne plateforme, car le choix d’une plateforme de crowdfunding est capital. Si elle n’est pas adaptée à votre projet, vous ne pouvez tout simplement pas réussir. Un peu comme la bourse ou le casino, il faut savoir miser, ou perdre, mais ne pas être aveugle.

A propos de l'auteur

Thierry Jirkovsky Journaliste Reporter d'Images - Co-fondateur et Rédacteur en Chef de Tv Languedoc

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