Covid : De l’Etat-nounou à l’Etat stratège

La crise sanitaire de la Covid nous a douloureusement rappelé que la liberté est aussi une affaire de politique économique. Si la France tient à garder son indépendance, elle a tout intérêt à redéfinir ses priorités en matière de dépenses.

L’heure des choix douloureux a sonné

La crise sanitaire de la Covid a obligé notre pays à s’endetter considérablement. Afin que cette mesure extraordinaire ne se mue pas, au fil du temps, en fuite en avant, le pouvoir va devoir très rapidement revoir ses priorités dans la conduite des affaires publiques.

En effet, au-delà de la question de savoir s’il faudra rembourser ou non cette dette colossale, les décideurs seront placés prochainement devant cette réalité déconcertante : plus rien ne sera comme en avant en matière de politique économique. En ce domaine, nous ne pourrons plus continuer à piloter la machine comme si la crise sanitaire n’avait jamais eu lieu. Des choix douloureux nous attendent. Lesquels ?

Le plus décisif portera sur l’orientation à prendre quant à la redéfinition du rôle de l’Etat. Celui-ci doit-il continuer à être une caisse de redistribution à l’usage des créanciers, des ayants droit perpétuels que nous sommes devenus, ou bien doit-il se recentrer sur ses missions régaliennes et redevenir un acteur majeur de la politique économique du pays ? Selon la réponse que nous  donnerons à ces questions, des renoncements seront à opérer parce que l’Etat n’aura plus les moyens de jouer sur tous les tableaux à la fois. La crise sanitaire a révélé nos limites. Choisir, c’est renoncer. 

Privilégier les dépenses d’investissement

L’heure de vérité a sonné. L’Etat français n’est plus en mesure d’assumer le coût exorbitant des prestations sociales, sauf à endetter le pays et, à terme, le ruiner et en être réduit à appeler le FMI à la rescousse. La rationalisation de l’accès à la protection sociale s’impose de toute urgence. En ce domaine, l’atermoiement, la procrastination, mais aussi l’impéritie, la démagogie et le clientélisme n’ont que trop duré. Nos finances sont dans le rouge. 

La crise sanitaire a révélé nos lacunes en matière de désindustrialisation.

Mais surtout, nous n’avons plus les ressources pour courir deux lièvres à la fois. La crise sanitaire a révélé nos lacunes en matière de désindustrialisation. Regagner notre souveraineté en certains domaines économiques n’est pas un luxe mais une nécessité impérieuse. Nous avons laissé filer des secteurs stratégiques entiers à l’étranger. Il est temps désormais pour la France de redéfinir une politique de production volontariste après des décennies de laisser-aller libéral. Il en va de notre indépendance.

A cette fin, l’Etat est dans l’obligation de privilégier les dépenses d’investissement à long terme au détriment des dépenses de fonctionnement. Ce qui aura pour conséquences de limiter le train de vie de l’Etat et de le ramener à ses fonctions essentielles : le régalien et le stratégique. 

Attention à la remontée des taux d’intérêt !

De cette réorientation des dépenses, les prestations sociales sortiront forcément diminuées. Toutefois, si la France tient à conserver une couverture sociale décente pour tous, elle sera dans l’obligation de mieux maîtriser son coût. C’est la seule solution pour la sauver. Sinon, tôt ou tard, les déficits nous entraîneront à une telle dépendance vis-à-vis des marchés financiers que ces derniers se montreront de plus en plus réticents, voire hostiles, envers nous. Pourquoi ?

Les démagogues nous disent : « Il est vain de rembourser la dette ! ». Mais croient-ils que les marchés continueront à nous prêter à des taux bas si nous n’honorons plus notre signature ? Ne pas rembourser la dette, c’est s’exposer à voir les taux d’intérêt remonter. Actuellement, nous empruntons à zéro pour cent.

Or, il est utopique de penser que cette situation perdurera. Tôt ou tard, ne serait-ce que par l’effet du retour de la croissance, les taux remonteront. Or, si nous ne remboursons pas la dette, comment croire que les prêteurs continueront à se précipiter pour nous avancer de l’argent ? Déjà, le paiement des intérêts de la dette est le troisième poste de dépense de l’Etat – sans parler du remboursement de la dette en elle-même! Mais qu’en sera-t-il si jamais les taux remontent ?

La souveraineté a un prix

Pour toutes ces raisons, l’Etat doit revoir sa politique de prestations sociales. Il s’agira toujours de protéger tous les Français, mais de le faire plus intelligemment et à moindre coût. Sinon, les plus pauvres feront les frais de la banqueroute.

Notre couverture sociale n’est pas un article constitutionnel gravé dans le marbre. Elle dépend des finances de l’Etat. Or, l’argent ne se fabrique pas. L’heure des assignats est révolue. A l’heure de la mondialisation et de l’économie numérique, les chiffres clés d’une économie nationale ne sont plus un secret d’Etat pour personne, et surtout pas pour nos créanciers ! 

Si la France tient à continuer d’emprunter à des conditions avantageuses, elle a tout intérêt à maîtriser ses comptes publics. Ce qui implique qu’elle cesse de voir dans l’Etat un tiroir-caisse et qu’elle redéfinisse rapidement une politique économique à long terme, comme le fait par exemple la Chine, et comme notre pays le faisait du temps de général de Gaulle.

C’est à ce prix que notre pays préservera son indépendance – indépendance qui conditionne sa souveraineté sur la scène internationale en matière diplomatique, militaire et de défense des valeurs auxquelles nous sommes attachés en tant qu’hommes libres. 

La marche du monde est tragique. La liberté n’est jamais un dû. Elle a un prix. Et le paramètre de l’économie entre lui aussi dans son équation.

Jean-Michel Castaing

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Jean-Michel Castaing Auteur pamphlétaire et écrivain toulousain

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